Oxana : femme, liberté et nudité face à l’oppression

Avec Oxana, la réalisatrice de Slalom, Charlène Favier, fait son retour sur grand écran en racontant le parcours militant d’une jeune femme ukrainienne. Une plongée dans les racines du mouvement Femen.

Ukraine, 2008. La jeune Oxana et son groupe d’amies multiplient les actions, slogans peints sur le corps et couronnes de fleurs dans les cheveux, contre un gouvernement arbitraire et corrompu. C’est la naissance d’un des mouvements les plus importants du XXIe siècle : FEMEN. Réfugiée politique, artiste, activiste, Oxana franchira les frontières et militera sans relâche pour les droits des femmes et la liberté, jusqu’à risquer sa propre vie.

Après Slalom, nommé au César du meilleur premier film en 2022, qui traitait de l’emprise d’un entraîneur de ski sur une jeune skieuse, Charlène Favier continue son exploration cinématographique du féminisme. Pour son deuxième long-métrage, la cinéaste choisit de s’intéresser aux Femen, ce groupe féministe d’Europe de l’Est, célèbre pour ses actions dirigées notamment contre le pouvoir russe. En optant pour une approche entre documentaire et fiction, elle permet ainsi de retracer la genèse de ces femmes militantes, et surtout l’existence d’Oxana Chatchko, une peintre ukrainienne à l’activisme fanatique chevillé au corps. Représentés dans les médias par de simples images de seins nus, ces groupes activistes sont ici décrits sous un autre angle, le scénario se focalisant sur la naissance du mouvement et ses motivations. Contexte économique ukrainien fragile, montée en puissance de l’autoritarisme dictatorial de Vladimir Poutine et de son homologue biélorusse Loukachenko, défense des droits des femmes… Tout est raconté, pour mieux saisir le moteur des pensées, l’énergie de ces femmes prêtes à enfreindre les lois.

En portant un regard plus juste, politique, et moins caricatural, Oxana possède une portée informative destinée à éveiller les consciences sur la nécessité de défendre la cause féministe dans des pays peu enclins à éradiquer la misogynie, le sexisme et la toute-puissance masculine. Charlène Favier n’hésite pas à montrer certaines humiliations subies. La forme choisie, donc quasiment documentaire, est une décision judicieuse pour faciliter la compréhension. À l’aide de nombreuses ellipses temporelles, Oxana sonde la vie engagée de sa protagoniste, de son illusion combative à sa désillusion face à la dilution manifeste du mouvement Femen en factions féministes lambda dans des pays comme la France. Au-delà des engagements et de l’implication, le film est aussi, et avant tout, un portrait d’une jeune femme, semblable à beaucoup d’autres, aussi frêle que solide, droite dans ses opinions personnelles, que Charlène Favier érige en icône absolue de la lutte, symbole de l’idée progressiste et d’une certaine vision de la femme, moderne et ambitieuse. À l’évidence, Oxana est un véritable film de femmes, qui fait tristement référence aux différents systèmes politiques mondiaux qui les oppressent. Divinités païennes, portant des couronnes de fleurs, fières de leur corps et de leur position assumée face aux conventions sociales ainsi qu’à la masculinité toxique, les représentantes de l’autre sexe sont peintes comme dans un tableau, non décrites comme des objets, mais comme des modèles de vénération. Oxana remet au goût du jour les Femen, maintenant invisibilisées ou diluées parmi tant d’autres collectifs moins frontaux. Il expose la vie d’une personne aux idéaux affirmés, sans doute détruite par l’anéantissement du combat initial et d’une société aux infimes évolutions. Car si le mouvement s’est estompé, l’origine du combat reste d’actualité.

Oxana, de Charlène Favier, en salles le 16 avril 2025.

Note : 4/5

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