Avec Diamanti, Ferzan Ozpetek explore le quotidien complexe et solidaire d’une maison de couture, où la confection textile révèle le travail minutieux de mains féminines, patientes et expertes. Un film sur les femmes, profondément lié au temps — celui qui passe, celui qui transforme, celui qui libère.
Un grand cinéaste réunit ici ses actrices fétiches dans le cadre de la préparation d’un film consacré aux femmes. Le récit se déploie dans l’Italie des années 1970, au cœur d’un atelier voué au cinéma et au théâtre. Ozpetek y entrelace deux temporalités : la modernité, synonyme d’émancipation féminine, et une époque révolue où la couture était presque exclusivement réservée aux femmes, confinées à l’ombre mais indispensables à la création artistique.
Les vêtements se font et se défont dans un univers précis, besogneux, que Diamanti décrit comme un immense travail d’orfèvre. Le bruit des machines à coudre, les idées qui fusent, l’effervescence collective participent à la conception de costumes somptueux. Le titre ne renvoie pas seulement à la beauté du résultat final, mais surtout aux doigts de fée qui le façonnent et le subliment.
Les scènes contemporaines laissent affleurer une sensibilité particulière : une manière douce et assumée de rendre hommage aux femmes réunies autour du cinéaste, dans une atmosphère d’écoute et de partage. Ce présent contraste avec l’Italie d’antan, longtemps rongée par les antagonismes entre les sexes. Diamanti ne fait pas que dans la dentelle : le film raconte avant tout des travailleuses acharnées, plus ou moins assujetties aux règles masculines, privées de réelle émancipation, mais indispensables à un système qui repose sur leur savoir-faire.
La maison de couture, débordante de projets et solidement installée, devient le théâtre de cette confrontation sociétale. Dirigée d’une main ferme par une femme exigeante et investie, elle s’impose comme un écrin où les talents dominent, où la maîtrise des tissus et des matières symbolise une victoire silencieuse des femmes sur un monde artistique encore largement dominé par les hommes, décideurs du septième art et des planches.
Diamanti séduit avant tout par son intention : faire un film sur les femmes, avec une approche originale et singulière. Ozpetek s’inscrit ici dans une filiation assumée, évoquant un cinéma à la Pedro Almodovar, et plus précisément des œuvres comme Volver ou Talons aiguilles. Une œuvre chorale, peuplée de personnalités tour à tour volubiles et introverties, évoluant dans un cadre rigoureux mais traversé par une chaleur humaine constante, perceptible autant dans les gestes que dans les paroles.
La mise en scène de Ferzan Ozpetek reste fidèle à cet esprit jusqu’au bout, ne dérogeant jamais à son ambition : filmer le féminisme à travers les matières, les outils, le travail et la transmission. Diamanti devient alors un hommage délicat et politique, cousu fil après fil, à celles qui créent sans toujours être vues.
