Nejma s’entraine dur pour réaliser son rêve et remporter la prochaine course camarguaise, un concours où l’on défie les taureaux dans l’arène. Mais alors que la saison bat son plein, des disparitions suspectes inquiètent les habitants. Très vite la rumeur se propage : une bête sauvage rôde…
Remarquée pour son premier long-métrage, Fragile, Emma Benestan s’attaque au film de genre avec Animale, présenté en clôture de la Semaine de la Critique du Festival de Cannes 2024. Une proposition audacieuse qui permet au cinéma français d’innover un peu plus.
Les productions cinématographiques françaises empruntent de plus en plus la voie du cinéma de genre. Emma Benestan ne déroge pas à cette tendance, signant une réalisation honorable qui raconte l’histoire de Nejma, une jeune femme déterminée à affronter les taureaux et à remporter des courses camarguaises. Une série de meurtres brutaux vient ensanglanter la Camargue. À partir de là, la cinéaste tisse une histoire à la lisière de l’horreur, où l’humain et l’animal fusionnent pour ne faire qu’un. Nejma finit par ressentir la souffrance de la bête. Animale devient alors un pamphlet efficace contre la bestialité de l’homme, qui gesticule et court dans tous les sens en affrontant le taureau lors de ces fameuses courses traditionnelles.
Les pratiques coutumières sont vivement critiquées. La réalisatrice prend le parti de l’animal et filme sa vengeance sanguinolente contre un monde humain maltraitant. Dans un décor sombre et nocturne, les bovidés apparaissent dans la brume, les cornes bien en évidence. Emma Benestan semble les présenter d’abord comme des ennemis ou des éléments horrifiques évoluant dans une ambiance ténébreuse et glauque. En réalité, Animale les pose en victimes de la bêtise des humains, avides de cruauté. Le film se distingue par de très beaux plans, décrivant une atmosphère quasi-western et un environnement camarguais propice à ce style de narration flirtant avec l’horreur. Esthétiquement remarquable, l’œuvre se démarque par sa noirceur et sa représentation réaliste de l’univers des éleveurs de taureaux, avec des accents à couper au couteau et une volonté de perpétuer les vieilles traditions.
Toutefois, l’ensemble s’avère assez lent et met du temps à démarrer. Emma Benestan ne maîtrise pas entièrement le rythme, qui ne s’emballe que dans les 20 dernières minutes, sans doute les plus intéressantes, où le côté mi-humain mi-animal apparaît, mais trop brièvement. Sous ce message animaliste se glisse une intrigue sous-jacente, féministe, qui dénonce la virilité et la masculinité toxique : Nejma évolue dans un monde exclusivement masculin et macho. Animale se transforme alors en œuvre critique de la toute-puissance de l’homme, mais surtout en portrait d’une jeune femme prise au piège et trouvant refuge dans une bestialité fantastico-horrifique, un rempart contre les tentations perverses du sexe opposé.
Il faut surtout noter que le film tient ses promesses : il innove, se révèle ambitieux, osé, et s’inscrit dans la veine de Grave de Julia Ducournau. La réalisatrice réussit un grand écart par rapport à Fragile. Tout repose sur la prestation d’Oulaya Amamra, qui trouve ici un rôle à la hauteur de son talent, marquant une deuxième collaboration réussie avec Emma Benestan.
Animale, d’Emma Benestan, avec Oulaya Amamra, en salles le 27 novembre 2024.
Note: 3,5/5
