Poussée par les promesses d’une nouvelle vie, Jessica, une Française de 19 ans, part pour la Syrie rejoindre Daech. Arrivée à Raqqa, elle intègre une maison de futures épouses de combattants et se retrouve vite prisonnière de Madame, la charismatique directrice qui tient les lieux d’une main de fer.
Première réalisation de l’Allemande Mareike Engelhardt, Rabia, récompensé au Festival du Film de Sarlat, emporte tout sur son passage en abordant avec intensité le système d’embrigadement des femmes au cœur de Daech. Une œuvre forte, qui ne laisse pas indifférent.
Jessica est une jeune femme perdue, qui navigue entre l’incommunicabilité avec son père taiseux et un travail auprès des personnes âgées qui ne lui plaît guère. Elle voit en Daech un moyen d’affirmer son identité et d’obtenir le respect qu’elle cherche. Accompagnée de sa meilleure amie, elle décide de partir pour rejoindre l’organisation terroriste et un mari déjà choisi. En peu de temps, Mareike Engelhardt plante le décor et place sa caméra dans une ténébreuse structure d’embrigadement où les futures épouses sont accueillies.
Rabia s’attaque frontalement à son sujet en décrivant les dessous d’une sorte d’entreprise vouée à recruter des profils féminins pour la mouvance djihadiste. Inspiré d’une histoire vraie, le film dépeint une terrible réalité : celle de centaines de femmes qui voient en Daech l’illusion d’une vie meilleure, guidée par des préceptes religieux inculqués par l’organisation. Dans cette madafa (le véritable nom du lieu), dirigée d’une main de fer par Madame (Lubna Azabal), règnent des lois et des règles strictes, conçues pour ne pas être transgressées. Tout y est fait pour endoctriner ces femmes et les mener vers un destin qu’elles croient avoir choisi, au sein du Califat.
Peu d’œuvres ont osé traiter ce sujet. Mareike Engelhardt prend ce risque. Son film devient un exemple de thriller psychologique dévoilant les coulisses de l’islamisation radicale tout en s’attardant sur des détails glaçants.
Nommée dans la liste des Révélations pour les César 2025, Megan Northam (Les Passagers de la nuit) se révèle terrifiante dans le rôle de Jessica, un personnage ambigu oscillant entre désenchantement et une farouche volonté de respecter les règles imposées par Daech. Jessica devient Rabia : elle passe de femme fragile à fervente défenseure de l’idéologie, prête à user de violence pour faire respecter l’ordre.
Malgré son aspect brut, qui peut déranger, Rabia se transforme en un puissant pamphlet contre les dérives religieuses et le système sectaire qui embrigade les jeunes femmes en quête de sens. La réalisatrice démontre à maintes reprises son souci de réalisme dans la description des madafas, tout en brossant un portrait complexe et nuancé de son personnage féminin.
Megan Northam impressionne dans un rôle particulièrement exigeant, nécessitant une grande concentration et une palette d’expression riche. Elle parvient à rendre son personnage à la fois antipathique et attachant. Sa performance pourrait bien lui valoir le César de la Révélation Féminine.
Rabia s’inscrit parmi les grandes surprises françaises de l’année et réussit à traiter un sujet à la fois anxiogène et toujours actuel.
Rabia, de Mareike Engelhardt, avec Megan Northam, Lubna Azabal. En salles le 27 novembre 2024.
Note: 5/5
