Close to You, présenté au Festival de Toronto 2023 et au Festival Chéries-Chéris 2024, embarque Elliot Page dans une histoire émouvante qui fait écho à son propre parcours : celui d’une femme devenue homme. Un point de vue réaliste et attendrissant.
Sam prend le train pour retrouver sa famille et célébrer l’anniversaire de son père, après cinq ans de silence et de distance. Sur le chemin, il croise une ancienne amie, puis doit affronter une ambiance familiale tendue et complexe. Le récit de Close to You rappelle le parcours d’Elliot Page (Juno, Inception), qui a entamé sa transition de genre quelques années auparavant. Cette proximité confère au film une impression de réalisme et d’authenticité. Dominic Savage signe un concentré d’émotions tout en explorant les tensions générées par ce changement : l’esprit étriqué du compagnon de la sœur, les parents tiraillés entre l’amour et la préservation d’un équilibre familial fragile.
Close to You s’attarde sur la famille, essentielle dans le processus d’acceptation, mais aussi source de rejets hostiles. Le cinéaste dépeint avec justesse les fragilités d’un cocon prêt à imploser sous le poids de la transphobie et des regards tantôt infantilisants, tantôt inquisiteurs. La transition de genre opérée par Sam devient un catalyseur de conflits et d’incompréhensions, la mémoire des proches restant ancrée dans l’image de « l’ancienne » personne. Au milieu de ce tourbillon, Sam lutte pour être reconnu·e et aimé·e pour ce qu’il est vraiment, au-delà des apparences.
Le film bénéficie de la présence d’Elliot Page, parfait dans un rôle qui semble taillé sur mesure et résonne avec son expérience personnelle. L’acteur américain incarne ce personnage avec une sincérité qui renforce la portée du propos. Sur le plan narratif, les scénaristes ont choisi de développer deux intrigues parallèles : les tensions familiales d’un côté, et la rencontre avec une ex-petite amie dans le train, où les sentiments n’ont pas disparu. Cette opposition dilue le drame dans un mélange d’espoir et de générosité. La romance qui émerge devient alors le véritable cœur de Close to You, affirmant qu’il peut y avoir de la lumière au milieu de la grisaille ambiante.
La mise en scène, typique du cinéma indépendant américain, accorde une grande liberté aux interprètes. Entre subjugation et réalisme, le film touche par sa représentation fidèle des rapports humains et des crispations liées à l’acceptation de l’autre. Cependant, cette œuvre émouvante s’inscrit davantage dans le registre du récit amoureux que dans celui de la critique incisive d’un entourage rigide ou immobile face au changement.
Close to You, de Dominic Savage.
Note: 5/5
