En tongs au pied de l’Himalaya: une juste vision de l’autisme

Pauline est la maman d’Andréa, 6 ans et demi, un petit garçon formidable à qui on a diagnostiqué un TSA : un « trouble du spectre autistique ». Il n’est pas vraiment au niveau mais il est toujours scolarisé et s’apprête à faire sa rentrée en grande section de maternelle. Pour Pauline, sans revenus fixes et récemment séparée de Fabrice, le père d’Andréa, tout semble concourir à faire de sa vie une succession d’échecs. Or pour Andréa, c’est une année cruciale qui va déterminer s’il peut ou non rester scolarisé et obtenir ainsi une meilleure chance de voir son état s’améliorer. Mais pour cela, Andréa a besoin de stabilité et pour Pauline, la lui apporter, c’est un peu (beaucoup) gravir l’Himalaya en tongs…

Après avoir co-réalisé Tout simplement noir avec Jean-Pascal Zadi, John Wax réalise son premier film en solo et choisit de traiter un sujet délicat : l’autisme. Très souvent mal représenté dans la culture populaire à travers les longs-métrages et les séries, le handicap est ici abordé de manière juste. En tongs au pied de l’Himalaya alerte et sensibilise sur les troubles du spectre autistique.

Inspiré du spectacle éponyme de Marie-Odile Weiss (elle-même mère d’un enfant ayant un trouble du spectre autistique), En tongs au pied de l’Himalaya met en scène le quotidien difficile, rythmé par les caractéristiques du handicap. Entre crises autistiques, hyperactivité et inclusion scolaire compliquée, Pauline (Audrey Lamy) doit jongler entre son travail de barmaid et son rôle de maman aidante. John Wax retranscrit parfaitement toutes les composantes de l’autisme, sans négliger les effets sur la sphère familiale et l’impact sur l’enfant et les parents. Bien documenté, car écrit par Madame Weiss, le scénario se transforme en un résumé efficace des protocoles mis en place pour accompagner les élèves autistes et les faire progresser : moyens et outils pédagogiques, pictogrammes, activités de motricité fine… Tout est évoqué avec précision, des AESH (accompagnants d’élèves en situation de handicap) spécialisés aux solutions proposées par le système éducatif. En France, l’école est souvent le dernier recours pour l’accompagnement, faute d’autres établissements adaptés. Toutefois, l’autisme se caractérise par une variété de profils différents, ce qui permet à certains d’acquérir les compétences nécessaires pour accéder à l’école primaire.

Le récit du film se déroule dans une classe ordinaire (les écoles ne sont pas toutes dotées d’une unité d’enseignement pour l’autisme) et suit le parcours d’Andréa, un jeune enfant autiste et hyperactif. Ce qu’il faut surtout retenir, c’est le courage et la détermination de sa maman, qui doit s’adapter et trouver également une certaine autonomie. Pauline incarne le parent dépassé par les événements, avec un double trouble très complexe à gérer, mais qui fait preuve d’une ténacité et d’un amour à toute épreuve. En tongs au pied de l’Himalaya met en avant cette relation, en soulignant que le personnage maternel représente un lien et un repère pour les personnes autistes. Le film offre une représentation juste de l’autisme et illustre les difficultés ainsi que les petites victoires. L’écriture permet d’expliquer ce qu’est un trouble du spectre autistique, en n’omettant pas que le TSA peut s’ajouter à d’autres spécificités neurodéveloppementales, comme l’hyperactivité ou la dyspraxie, pour ne citer qu’elles. L’école est ici vue comme l’ultime moyen de pallier les difficultés, avec un suivi scolaire permettant de déterminer les possibilités d’inclusion en école élémentaire. La fonction d’institutrice est abordée et soulève ainsi la question de la prise en charge de l’autisme dans les écoles ordinaires : manque de formation, différences de niveau avec les autres élèves. Toutefois, le véritable problème soulevé par John Wax est celui de l’inclusion dans les classes, avec un enfant au fonctionnement spécifique jugé inapte à participer aux festivités de fin d’année. Le film choisit ainsi un mélange de légèreté et de réalisme social, et diffuse un important message de sensibilisation.

En tongs au pied de l’Himalaya, de John Wax, avec Audrey Lamy, en salles le 13 novembre 2024.

Note: 4/5

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