
2055. Steevyshady, youtubeur hyper botoxé raconte le destin incandescent de son idole, la diva pop Mimi Madamour, du top de sa gloire en 2005 à sa descente aux enfers, précipitée par son histoire d’amour avec l’icône punk Billie Kohler. Pendant un demi-siècle, ces reines du drame ont chanté leur passion et leur rage sous le feu des projecteurs.
Présenté en clôture de la Semaine de la Critique du Festival de Cannes 2024, Les Reines du drame propose une véritable expérience cinématographique, un délire pop et survitaminé à l’ambiance queer totalement assumée.
Alexis Langlois signe ici son premier long-métrage, aussi brillant que déjanté, qui a le mérite de montrer un cinéma queer sortant de l’ordinaire et des sentiers battus. Mimi Madamour, jeune starlette en herbe, remporte un télé-crochet et devient l’idole de toute une génération, adulée sur les réseaux sociaux et dans le milieu gay, un peu à l’image de Mylène Farmer. L’ombre de la chanteuse française plane sur le récit, la petite Mimi étant fan d’une certaine Magali Charmer, star emblématique de la culture pop. Alexis Langlois réussit à créer une atmosphère exaltante et réjouissante, peuplée de personnages à l’homosexualité débridée, se trémoussant sur des rythmes électro ou rock. Les Reines du drame est un hommage divertissant à la communauté homosexuelle, montrée ici de manière attachante, et sans caricatures. Le cinéaste donne une image positive des LGBT, sans tomber dans l’excès. Il livre sa représentation d’un monde atypique et coloré, qu’il reproduit à l’aide d’une esthétique ultra-pop rappelant l’art de la drag et les styles musicaux appréciés par les personnes gay avides de sonorités dansantes et de paroles plus ou moins suggestives. Les Reines du drame représente un univers à part, où chacun assume son genre, et se pose en défenseur de la diversité sexuelle.
Sous ce vernis ultra-pop se cache une romance queer, entre Mimi Madamour et Billie Kohler, toutes deux candidates d’une émission de télévision. Le film devient une parodie de Nouvelle Star, mais surtout une critique du système musical, qui n’est que grandeur, décadence et culture du like sur Instagram. Le scénario rappelle les heures de gloire des télé-crochets et la starification rapide de jeunes chanteuses, amplifiée par l’impact des réseaux sociaux. Alexis Langlois transforme une adolescente en une étoile montante, qui devient follement amoureuse de Billie, tout aussi désireuse de succès. Les Reines du drame ressemble un peu à A Star Is Born, avec une quête maladive de succès ou la reconquête d’une carrière déclinante. L’œuvre, même drôle, éveille les consciences sur l’aspect éphémère de la célébrité et montre que l’industrie musicale est trop influencée par les effets de mode. Belle surprise donc que ce premier film d’Alexis Langlois, oscillant entre le genre musical et romantique. Les deux interprètes contribuent grandement à cette réussite.
Les Reines du drame, d’Alexis Langlois, avec Louiza Aura, Gio Ventura, Asia Argento, Alma Jodorowsky, Bilal Hassani, en salles le 27 novembre 2024.
Note : 4/5
