La société de production américaine A24 a confié la réalisation de ce projet à la Néerlandaise Halina Reijn, déjà remarquée pour Bodies, Bodies, Bodies. Le film, présenté comme l’une des grandes attentes cinématographiques de ce début d’année, se veut un manège sulfureux et un jeu de séduction entre Nicole Kidman et Harris Dickinson.
Babygirl débarque en France avec un écho médiatique porté par des critiques américaines, parfois dithyrambiques, qui le qualifient comme l’un des meilleurs films de l’année. Pourtant, sous cette promesse, le long-métrage peine à tenir ses ambitions. Vendu comme sulfureux, il n’est au final qu’un mélange confus de pseudo-érotisme et de scènes de sexe à peine suggérées, laissant le spectateur frustré d’un véritable propos.
Nicole Kidman incarne une femme mature, frivole et accro à la pornographie, en quête du puissant orgasme qui la mènerait au septième ciel – quête dans laquelle son mari, distant et insatisfaisant, n’a aucune place. PDG d’une entreprise, elle devient le mentor d’un jeune stagiaire à la beauté éclatante et à la sensualité naïve. Ce lien, exclusivement basé sur la recherche de plaisir et sur l’assouvissement de fantasmes inavoués, structure le récit.
Mais au-delà de cette intrigue, le scénario reste désespérément minimaliste, les personnages manquent cruellement de profondeur, et leurs penchants sexuels, présentés comme centraux, sombrent dans une caricature vide de sens. Le jeu de séduction, étiré sur près de deux heures, devient une expérience languissante, dénuée de véritable audace. Halina Reijn filme Nicole Kidman et Harris Dickinson dans des scènes interminables, faussement provocantes, où l’on attend une escalade dramatique ou une conclusion marquante… qui ne viendra jamais.
Si le film peut se targuer d’une belle esthétique visuelle, il souffre néanmoins d’un manque criant d’émotion et de chaleur. Cette froideur empêche Babygirl de fasciner ou de bousculer, restant toujours dans les limites du politiquement correct, sans jamais braver les frontières de la censure.
Halina Reijn reprend des clichés usés : celui de la femme mûre, frigide et botoxée, attirée par la jeunesse et la vigueur masculine. Ce traitement évoque une version stylisée mais aseptisée de Cinquante nuances de Grey – propre, inoffensive, mais totalement dépourvue d’audace et de véritable ambition narrative. Hormis deux scènes légèrement osées (mais loin d’être marquantes), le reste du film se perd dans une succession de situations banales et de dialogues sans impact.
Le message sous-jacent du film se révèle par ailleurs problématique. Sous des airs de prétendu féminisme – où une femme pourrait tirer un pouvoir de ses désirs et de son statut – se cache une représentation ambiguë, voire avilissante, de la sexualité féminine. Loin d’émanciper, Babygirl enferme ses protagonistes dans des clichés humiliants, à l’image de la métaphore dérangeante d’une femme comparée à une chienne lapant du lait.
En conclusion, Halina Reijn semble se perdre dans un excès de surenchère sexuelle, plus racoleuse que véritablement transgressive. Ce qui aurait pu être un récit subversif et captivant devient un spectacle superficiel, dépourvu de souffle, où la provocation reste à l’état d’intention sans jamais se concrétiser. Babygirl, malgré son esthétique travaillée, échoue à captiver et à émouvoir, laissant le spectateur face à une œuvre aussi froide que décevante.
Babygirl, de Halina Reijn, avec Nicole Kidman et Harris Dickinson, en salles le 15 janvier 2025.
Note : 0,5/5
