Le Mohican : seul contre tous

En plein cœur de l’été, Joseph, l’un des derniers bergers du littoral corse, voit son terrain convoité par le milieu pour un projet immobilier. Il refuse de céder. Cela signerait la fin d’un monde. Quand il tue accidentellement l’homme venu l’intimider, il est forcé de prendre la fuite et devient la proie d’une traque sans répit du sud au nord de l’île. Portée par sa nièce Vannina, la légende de Joseph, incarnant une résistance réputée impossible, grandit au fil des jours et se propage dans toute la Corse…

Après La Nuit venue, un premier film sorti en 2020, Frédéric Farrucci choisit d’implanter l’intrigue de sa nouvelle réalisation dans les paysages corses, pour produire une photographie brute et sèche des mentalités de l’Île de Beauté. Entre valeurs humaines et sombres desseins mafieux, Le Mohican place l’acteur Alexis Manenti dans la peau d’un personnage empreint de bestialité.

En Corse, les bergers promènent leurs chèvres et se battent pour les parcelles de terrain convoitées par des bandes de propriétaires mafieux. Joseph, l’un des derniers paysans, lutte pour ne pas céder sa propriété à des hommes du milieu. Il se fait appeler Le Mohican, en référence au film culte de Michael Mann. Dans cette lutte acharnée contre les projets véreux de la mafia corse, il ne veut pas capituler et se retrouve au cœur d’une bataille engagée contre le système.

Film militant, Le Mohican décrit l’âpreté et la violence du grand banditisme corse, attiré par l’appât du gain. Ciblé par les tireurs, le personnage joué par Alexis Manenti se rapproche de celui de Denis Ménochet dans As Bestas. Frédéric Farrucci filme sa propre version de la bestialité entre autochtones, proche de celle construite par Rodrigo Sorogoyen. Le réalisateur capte une fuite, une survie capitale, et dépeint une résistance effrénée face à la gangrène mafieuse.

Les paysages ensoleillés de la Corse servent de décor à ce récit. Leur beauté mêlée de sécheresse et de clarté renferme un microcosme déchiré entre la paysannerie généreuse et la brutalité meurtrière des bandits sévissant sur l’île. Le cinéaste photographie une partie de la population dans ce qu’elle a de plus solidaire ou de plus dangereuse. Le Mohican met en lumière les bergers corses attachés à leurs terres, les défendant bec et ongles, mais aussi la face sombre du joyau méditerranéen marqué par la domination d’un clan.

Surtout, ce second long-métrage, par la bestialité qu’il dégage, symbolisée par les différentes physicalités des protagonistes, en particulier celle de Joseph, homme bien bâti courant à travers les montagnes pour échapper à ses poursuivants, illustre la sauvagerie humaine et toutes les vicissitudes qui y sont liées.

Film puissant, qui s’appuie sur un ton sec et brut, il surprend également par son réalisme, sa construction maîtrisée, et la description d’une île aux multiples facettes, loin des représentations standards. En se focalisant sur une Corse moins « carte postale », l’œuvre parvient à capter l’ambiance délétère qui règne dans les maquis. Alexis Manenti est brillant dans sa composition, incarnant un rôle signifiant : celui d’un bastion résistant dans une Corse morcelée par l’indépendantisme ou les tentations frauduleuses.

Le Mohican, de Frédéric Farrucci, en salles le 12 février.

Note : 4/5

Laisser un commentaire