Autre témoignage sur la condition des personnes juives durant la Seconde Guerre mondiale, La Vie devant moi propose un film d’une facture classique, revenant sur les heures les plus sombres de l’histoire française.
En 1942, Tauba, une adolescente pleine d’énergie, échappe de justesse avec ses parents à la rafle du Vel d’Hiv. Un couple, les Dinanceau, leur propose de les cacher provisoirement dans un minuscule débarras de leur immeuble, sous les toits de Paris, le temps que les choses se calment. Malheureusement, ce qui devait être temporaire s’éternise, et la famille s’enfonce dans le silence et l’immobilité. Mais Tauba est une battante, et rien ne l’empêchera de bousculer son destin.
Paris, 1942. Sous la surveillance de la Gestapo, le régime de Vichy et les Allemands procèdent à la fameuse rafle du Vél’ d’Hiv, emmenant ainsi des centaines de personnes de confession juive vers les camps de la mort. Tauba et ses parents réussissent à se cacher, avec l’aide de bonnes âmes, dans un tout petit appartement situé sous les toits. Dans un confort spartiate et sans chauffage, la famille survit, avec pour seul contact avec l’extérieur une fenêtre donnant sur la cour intérieure de l’immeuble. À bien des égards, ce témoignage de la jeune fille, source du film, ressemble à celui d’Anne Frank, à quelques détails près, mais sans la délation. Fasciné par l’histoire de Tauba, décédée en 2009, Nils Tavernier choisit de lui rendre hommage en racontant l’existence monotone de cette famille confinée pendant plus d’une année, une vie marquée par la peur de la séparation et de la mort.
Énième récit sur la dureté de l’Occupation et sur cette rafle terrible – un sujet déjà largement traité par le cinéma français –, La Vie devant moi ne vaut que par sa portée humaine et l’attachement certain qu’il suscite pour cette famille tentant d’échapper à l’horreur. D’une construction bien trop classique, le film de Nils Tavernier manque d’incarnation, se contentant d’une approche purement chronologique. Du premier au dernier jour, le scénario défile, les dates s’enchaînent, tel un journal dont les pages se tournent, mais sans véritable substance. Rien ne se passe réellement, la mise en scène devient machinalement statique et se résume souvent à de simples regards posés sur la cour. À première vue, l’existence adolescente de Tauba, recluse dans cette mansarde humide et froide, était peut-être aussi monotone et déprimante que la tonalité globale du film, lequel ne parvient jamais à obtenir un supplément d’âme.
Si l’histoire vraie de Tauba Zylbersztejn semblait naturellement cinématographique, Nils Tavernier ne parvient jamais à transcender ce récit. Presque théâtral et assez télévisuel dans sa mise en scène, le film souffre d’un manque de variété dans ses plans. La Vie devant moi pâtit également du fait que le contexte de la guerre ait été maintes fois évoqué au cinéma, générant ainsi un sentiment de déjà-vu. Les interprètes ne sont pas au mieux, sous-exploités par rapport à leurs talents respectifs, même si la jeune Violette Guillon apporte une pincée de jeunesse et de fraîcheur salvatrices. Voulu comme un huis clos éprouvant, La Vie devant moi se révèle d’une maigreur dramatique absolue. Reste la mémoire de Tauba Zylbersztejn, dont l’expérience mérite d’être découverte.
La Vie devant moi, de Nils Tavernier, en salles le 26 février 2025.
Note :
1,5/5
