Disparition de Marcel Ophuls

Marcel Ophuls s’est éteint le 24 mai 2025 à l’âge de 97 ans, dans le sud-ouest de la France. Avec lui disparaît l’un des derniers grands témoins du XXe siècle et une conscience cinématographique rare. Fils du maître du classicisme Max Ophuls, il s’est imposé par une œuvre à contre-courant, profondément politique, d’une rigueur morale implacable.

Né en 1927 à Francfort, exilé aux États-Unis pour fuir le nazisme, Marcel Ophuls a d’abord été assistant de Duvivier, Litvak et son propre père, avant de réaliser quelques fictions. Mais c’est en 1969, avec Le Chagrin et la Pitié, qu’il fait irruption dans l’histoire du documentaire. En interrogeant la France de l’Occupation, loin des mythes résistancialistes, il scandalise autant qu’il éveille les consciences. Le film, interdit de télévision pendant plus d’une décennie, reste une pierre angulaire de l’historiographie filmée.

Loin d’être un cinéaste du passé, Ophuls s’est constamment interrogé sur la responsabilité des sociétés contemporaines : dans The Memory of Justice (1976), il relie Nuremberg à la guerre du Vietnam. Et avec Hôtel Terminus (Oscar du meilleur documentaire en 1988), il démonte les zones d’ombre de l’après-guerre à travers le parcours de Klaus Barbie.

Cinéaste de l’interview, du montage, de l’ironie lucide, Ophuls savait faire parler les silences autant que les mots. Ses films ne délivrent pas de verdict, mais posent des questions que l’Histoire préférait taire.

Aujourd’hui, à l’heure des relectures politiques de la mémoire, son œuvre demeure un socle. Marcel Ophuls ne filmait pas pour réconcilier, mais pour déranger. Et, surtout, pour que le cinéma reste une forme active de vigilance.

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