Sorti en 1985 et produit par John Hughes, The Breakfast Club raconte une retenue un samedi matin entre plusieurs élèves : John, Claire, Brian, Allison et Andrew. Ils ne se connaissent que de vue, ne se côtoient pas, et représentent des archétypes différents au sein de l’établissement scolaire. Ils viennent de groupes sociaux très différents. Andrew (Emilio Estevez) est le sportif, Allison (Ally Sheedy) la fille bizarre, Brian (Anthony Michael Hall) l’intello, Claire (Molly Ringwald) la populaire tandis que John (Judd Nelson) est le délinquant, le rebelle. Durant cette retenue, les cinq adolescents vont devoir se côtoyer et ils apprendront à se connaître.
Leur proviseur, Monsieur Vernon, leur donne comme devoir de faire une dissertation : « Qui pensez-vous être ? » C’est autour de cette question que va s’articuler le film. Pendant tout le film, on cherche à comprendre qui sont ces lycéens au-delà de l’étiquette qui leur a été donnée. Car avant d’être cela, ce sont de futurs adultes qui se cherchent.
Le film met en avant le lien entre l’adolescence et le fait de devenir une grande personne. Les jeunes sont tourmentés par les adultes de leur entourage, et refusent ou craignent de devenir comme leurs parents, tandis que le proviseur Vernon craint cette nouvelle génération de futurs adultes. Tout le film tourne autour du cheminement de la vie adolescente vers la vie adulte, avec ses divers tourments et angoisses. The Breakfast Club met en avant la complexité de l’adolescence, il capture les émotions qui vont de pair avec ce moment vague qui marque la transition entre l’enfance et le fait d’être adulte. À l’instar des personnages du film, le spectateur réfléchit à sa propre expérience et se retrouve en eux.
Lors de sa sortie, le film est assez bien accueilli, il est troisième du box-office américain aux côtés d’autres films comme Le Flic de Beverly Hills et Witness.
Aujourd’hui, le film est considéré comme culte, et comme une des références des films pour adolescents. Il n’est pas surprenant que des séquences du film soient reprises dans d’autres œuvres, comme des films ou des séries.
Mais qu’est-ce qui change le « film adolescent » avec cette œuvre, et quel est l’impact de The Breakfast Club ?
La mission de John Hughes
Le réalisateur John Hughes est le premier à Hollywood à aborder l’adolescence avec respect, sensibilité et sérieux. Dans le film, il n’est pas question de bal de promotion à la fin ou encore de nudité. Ce dernier cherche à représenter le mal-être à cet âge et à encourager une meilleure connaissance de soi de la part de l’adolescent. Tout ce qu’il cherche, c’est mettre en avant des sentiments spécifiques à cette période : l’acceptation de soi, la relation conflictuelle avec les parents. Et c’est ce qu’il fait à travers les protagonistes du film.
The Breakfast Club est plus qu’un film, c’est une mission : la représentation cinématographique de l’adolescence et des maux qui l’accompagnent, notamment ses frustrations, ses tourments, etc. Ainsi, dans le film, chaque personnage souffre de la pression de la part de ses parents, les différentes insultes ou altercations adressées dans le film sont le fruit d’un refoulement de mal-être. Le film, par la diversité sociale des personnages, met en évidence la question du statut social au sein du lycée. On est alors face à des adolescents vers le cheminement du monde adulte : leurs maux vont plus loin que la question de la couleur de peau ou de la classe sociale. Ce sont des problèmes touchant tous les adolescents au moment de leur transition vers l’âge adulte.
Avant le travail du réalisateur, les teen-movies américains se centraient plus sur des intrigues superficielles mettant en avant des amourettes éphémères, une course à la popularité, là où cette facette est mise de côté par le réalisateur. Ce qui distingue d’abord le film de ses contemporains et prédécesseurs, c’est le fait que tout se passe en une journée dans un huis clos. Les personnages sont hors de l’établissement uniquement lors du début et de la fin du film. Tout le film s’axe autour du groupe d’adolescents, de leurs échanges et dialogues. Les thèmes traités sont plus profonds : la santé mentale est abordée, la pression parentale, la sexualité, etc. Cette représentation réaliste de l’adolescence permet par la suite d’autres représentations en adéquation avec diverses périodes.
L’héritage du film
Le film popularise l’archétype de l’intello, de l’athlète, de la fille bizarre, de la princesse et du délinquant dans les films adolescents. Pour David Sims, le classique du passage à l’âge adulte de John Hughes semble dater avec le recul, mais le film a ouvert la voie à des histoires d’adolescents plus centrées sur les personnages. Au moment de la sortie du film, le film adolescent était centré sur le sensationnalisme et reposait sur l’humour à connotation sexuelle. The Breakfast Clubtranche avec cela. L’œuvre jette les bases d’un nouveau genre de drame et permet l’évolution vers le coming-of-age. Il reprend les codes des films de son temps mais donne une plus grande profondeur à ses protagonistes et, au fur et à mesure de la progression du film, on se rend compte que tous ont leurs problèmes. C’est aussi le premier teen-movie hollywoodien à parler de sexualité sans que cela soit déguisé. De par ce fait, The Breakfast Club détient un héritage durable et reste une étape importante, si ce n’est significative, de l’histoire du cinéma.
Il inspire des vagues de films traitant l’angoisse de grandir comme The Dead Poets Society ou encore Dazed and Confused.
Affublé de « culte », le film des années 80 laisse un héritage. C’est un classique intemporel qui ne cesse d’apparaître dans la pop culture. De nombreux films, émissions ou séries en font souvent référence. La scène de danse du film sur « We Are Not Alone » de Karla DeVito est reprise dans, pour ne citer que quelques exemples, Victorious, The Simpsons ou encore The Goldbergs. De plus, l’affiche du film est l’une des affiches les plus mémorables de tous les temps. L’œuvre d’Annie Leibovitz est souvent détournée, comme cela a été le cas avec la franchise Spider-Man ou encore Buffy contre les vampires.
Malgré le fait que le film fête ses quarante ans, on ressent encore son impact dans le cinéma, et surtout dans le genre adolescent / coming-of-age.
The Breakfast Club s’avère donc être plus qu’un simple film des années 80. L’œuvre de John Hughes se place comme l’un des premiers films de cette époque (si ce n’est le premier) à briser les stéréotypes de la vie adolescente. Il n’est plus question de buverie, d’humour salace ou encore de bal de promo. À travers les clichés de l’intello, du sportif, du délinquant, de la populaire et de la paria, on nous expose et partage les maux liés à l’adolescence. En questionnant les rapports sociaux au sein du lycée, il nous est montré que malgré les classes sociales, les adolescents ont plus ou moins les mêmes préoccupations, les mêmes craintes concernant le fait de grandir et de devenir adulte. Avec cette réalisation, le film permet à Hollywood de prendre une nouvelle trajectoire et met l’adolescent tel qu’il est au centre des scénarios, et plus l’image que l’on se fait de l’adolescent. C’est ce qui fait que la réalisation de Hughes change le film adolescent des années 80 : on ne dépeint plus l’adolescent du point de vue d’un adulte pour qui ce dernier se morfond d’une condition qui ne vaut pas tout ce mal-être et cet amusement sans fin. Mais avec l’avènement de The Breakfast Club, on a des films d’adolescents, réalisés pour les adolescents, mettant en avant des maux liés à cette période transitoire, et ceci sans rentrer dans les clichés ou du moins en s’éloignant pour donner de la profondeur aux personnages et à l’histoire.
Par la facilité de s’identifier aux personnages et leur authenticité, The Breakfast Club a marqué durablement le genre, dans un premier temps en cherchant réellement à les représenter, et dans un second temps en façonnant la route pour la construction du coming-of-age, notamment en se plaçant comme précurseur du genre, en inspirant des œuvres comme Lady Bird ou encore The Dead Poets Society.
L’œuvre de John Hughes marque encore les esprits par le fait que ce soit une pierre angulaire dans le développement de l’adolescent dans le cinéma hollywoodien. Le film a permis à une génération de se sentir comprise et représentée à l’écran, ce qui a permis aux générations suivantes d’avoir aussi des représentations en accord avec les préoccupations les touchant. John Hughes, avec son casting, se place comme porte-parole d’une génération qui cherche à s’exprimer, se faire entendre. Cependant, on peut pointer du doigt le manque de diversité dans une Amérique des années 80. Car malgré le fait que le film bouscule les codes du teen-movie à Hollywood, ce dernier reste ancré dans une Amérique très blanche et de classe moyenne. On peut aussi souligner la banalisation du harcèlement sexuel du personnage de John Bender envers Claire. En effet, dans le film, cette scène est limite passée sous forme d’humour, sur un ton léger. Ce ton allègre est accentué avec la fin du film, quand Claire embrasse son harceleur. Mais le film, malgré cela, permet la mise en lumière des divisions sociales et des stéréotypes imposés dans le milieu scolaire, stéréotypes mis en avant par l’auteur et contournés jusqu’au point où l’on se questionne sur la nécessité et la portée de ces étiquettes. Malgré tout, il nous est montré que les adolescents partagent les mêmes soucis et les mêmes questionnements et préoccupations. Cette série de questionnements a donc permis une réflexion sur les attentes des adultes envers les plus jeunes, ce qui permettrait une meilleure appréhension du passage à l’âge adulte, la séparation avec les parents, l’aspiration et l’affirmation en tant qu’individu propre, sain et autonome. Ce à quoi est censée répondre la question posée par Monsieur Vernon.
