Avignon: quand Le Cid rencontre le boulevard

Grand Prix au Festival du Film de Comédie de l’Alpe d’Huez 2025, Avignon est une comédie estivale rafraîchissante et généreuse, qui place le théâtre au centre d’une intrigue drôle et romantique.

D’abord acteur pour Dominik Moll ou Gilles Lellouche, Johann Dionnet choisit l’un des temples des planches françaises pour son premier long-métrage. Mondialement connue pour ses festivités théâtrales au cœur de l’été, la ville avignonnaise sert de décor à l’aventure d’un jeune acteur de théâtre de boulevard qui part jouer une pièce avec ses partenaires. Habitué des comédies légères, Stéphane rencontre par hasard une ancienne connaissance, Fanny, actrice reconnue. En tombant amoureux, celui dont la carrière se résume au théâtre populaire potache se confronte aux réalités de son métier.

Avignon est d’abord représentatif de la diversité de l’art de Molière, qui comprend différents styles et ne se réserve pas qu’aux élites. De Corneille à la marque de fabrique de Feydeau, le célèbre festival annuel est un brassage artistique qu’Avignon retranscrit dans sa globalité, opposant le boulevard divertissant aux classiques indémodables comme Le Cid ou Ruy Blas. Le scénario immerge dans l’ambiance chaude et fiévreuse des déambulations dans les rues de la Cité des Papes, à la découverte d’une multitude de propositions théâtrales. Johann Dionnet prend le pouls de l’événement, de la pression, de la petite salle où se produit la troupe de Ma sœur s’incruste, interprétée par des joyeux fanfarons aux moyens limités, encadrés par un metteur en scène nerveux. Sans éviter les clichés de la petite compagnie sans le sou, profitant de la fête pour se produire et distribuer des tracts, Avignon égratigne et montre les dessous rocambolesques et amateurs des représentations, ingrédient qui fait tout le piment du festival. La caméra, se baladant dans les moindres recoins de la ville, délivre une atmosphère conviviale et estivale, au rythme des quiproquos qui jalonnent le film.

Avignon use de ce système comique pour jouer des oppositions de genre et de jeu d’acteur, créant une dualité entre la légèreté franchouillarde et la pédanterie débordante d’un comédien qui incarne le fameux personnage de Rodrigue. Pour plaire à Fanny, Stéphane s’émancipe de ce qui lui colle à la peau, élargit son horizon et fait croire qu’il interprète le monologue du héros du Cid. Ce comique de situation, au cœur du récit, finit par pencher vers un romantisme et un jeu de séduction rafraîchissants. Johann Dionnet insuffle une rythmique fluide et une écriture sympathique qui n’emprunte jamais la voie des répliques redondantes. Tout s’articule autour d’un quiproquo humain et savoureux qui, au-delà de rapprocher des êtres, détruit les barrières du théâtre moderne, le boulevard étant souvent critiqué comme un sous-art théâtral. Avignon propose donc une réflexion pertinente sur ce sujet, en plus de mettre en valeur l’environnement avignonnais et ce qui fait l’essence du Festival.

Ovationné à l’Alpe d’Huez 2025, Avignon se distingue nettement parmi les productions françaises, surtout grâce aux prestations enjouées de l’ensemble de la distribution, tous complémentaires et manifestement ravis de jouer (une joie communicative).

Avignon, de Johann Dionnet, en salles le 18 juin 2025.

Note :

4/5

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