Crasse : les chiens ne font pas des chats

La réalisatrice Luna Carmoon propose un film singulier, Crasse, centré sur un univers marginal et atypique, évoquant l’esprit de Trainspotting.

Le long-métrage s’ouvre sur l’enfance particulière de Maria, partagée entre la propreté d’une école et la dégueulasserie nauséabonde d’une maison jonchée de détritus en tous genres. Sa mère, atteinte du syndrome de Diogène, vit au milieu des journaux, des boulettes d’aluminium et du désordre ambiant. Maria grandit dans ce “cocon” fait de bric et de broc, où l’hygiène élémentaire est absente. La réalisatrice joue habilement sur les contrastes : d’un côté, l’école blanche et aseptisée, de l’autre, une maison pourrie jusqu’à l’odeur. Mère et fille se surnomment “Rhubarbe” et “Cannelle” ; elles s’enlacent, se parlent avec un vocabulaire affectueux et complexe. Cette première partie séduit par sa singularité, ses personnages hauts en couleur et son esthétique crasseuse, qui rappelle certains films anglais sur des êtres isolés et livrés à eux-mêmes.

La question du lien maternel se glisse tout au long de cette séquence : Luna Carmoon suggère que Maria reproduira peut-être, plus tard, les mêmes schémas familiaux déséquilibrés. Son personnage, joué par Saura Lightfoot-Leon, ne correspond pas forcément aux canons habituels, mais l’actrice dégage une énergie brute et une antipathie troublante, à l’image d’un personnage de Mark Renton.

Dans la deuxième partie, Maria, désormais adolescente, est placée en famille d’accueil. Elle rencontre un éboueur, interprété par Joseph Quinn, qui devient le pendant masculin et déjanté de sa mère. Peu à peu, les souvenirs remontent à la surface : Maria découvre que cette nouvelle mère de substitution reproduit des comportements presque identiques à ceux de sa mère biologique, voire plus extrêmes. Le scénario bascule alors dans l’outrance : brûlures causées par un fer à repasser, autres sévices corporels et marginalisation poussée à l’extrême. La mise en scène devient tapageuse et tape-à-l’œil, ce qui risque d’alourdir le récit. Les décors sont choisis avec soin pour montrer ces intérieurs pourris ou nettement spartiatres, soulignant la misère matérielle et psychologique.

On sent l’influence de Trainspotting dans l’atmosphère et le rythme, mais Luna Carmoon semble parfois vouloir en faire trop : la succession de scènes de violences auto-infligées finit par peser sur la narration. Toutefois, certains spectateurs apprécieront cet excès volontaire : le film joue sur un humour noir décapant et des situations absurdes.

En somme, Crasse propose un voyage visuel , porté par une esthétique délibérément sale et un portrait mordant du lien mère-fille. Saura Lightfoot-Leon convainc dans un rôle atypique, tandis que Joseph Quinn apporte un contrepoint masculin décalé. Si l’on pourra regretter quelques longueurs et une tendance à l’outrance, le film possède une vraie personnalité et soulève des questions sur la reproduction des traumatismes familiaux.

Crasse, de Luna Carmoon, sortira en salles le 11 juin 2025.

Note :

3/5

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