Cette semaine, La 7e bobine livre un coup de coeur et une véritable déception.
Coup de coeur
Ce que cette nature te dit, de Hong Sang-Soo:
Le nouveau film de Hong Sang-soo, Ce que cette nature te dit, explore avec délicatesse les tensions humaines sous l’apparente tranquillité du quotidien. Jung-hee présente son compagnon Dong-hwa à ses parents dans une maison isolée, cadre bucolique bientôt troublé par des non-dits et des jalousies latentes. Fidèle à son cinéma minimaliste, Hong filme les repas, les silences et les conversations avec une précision quasi rohmérienne. La nature, omniprésente, devient un miroir de l’âme, révélant les contradictions entre pureté et corruption, sérénité et malaise. Par de simples échanges, le cinéaste met à nu les illusions de la réussite et du confort matériel. Son style épuré – zooms soudains, plans fixes, montages simples – confère au récit une dimension méditative. L’alcool, motif récurrent, agit comme révélateur des émotions enfouies. Sous sa douceur trompeuse, le film interroge la perte de sens dans une société obsédée par la possession. Avec humour et mélancolie, Hong signe une œuvre d’une grande justesse émotionnelle. Une nouvelle leçon de cinéma contemplatif.
Coup de griffe:
L’Etranger, de François Ozon:
Très attendu, L’Étranger de François Ozon, adaptation du roman d’Albert Camus, peine à convaincre. Visuellement superbe, tourné dans un noir et blanc léché qui flatte l’œil, le film souffre pourtant d’un manque d’incarnation et de tension dramatique. Le cinéaste semble privilégier l’esthétique au détriment de la substance, livrant une œuvre épurée jusqu’à l’effacement, presque figée.
En cherchant à styliser l’absurde camusien, Ozon en dilue paradoxalement la portée. La chaleur suffocante, la solitude, la violence intérieure du roman s’y muent en une élégance distante, presque glaciale. L’émotion, comme la réflexion, restent à la surface. On assiste à une belle reconstitution formelle, mais sans la brûlure existentielle qui faisait la force du texte.
Reste Benjamin Voisin, magnétique, qui sauve le film de l’inertie par une interprétation d’une justesse rare. Sa retenue, son regard opaque et son trouble intérieur rappellent à quel point Meursault demeure un personnage insaisissable. Dommage que la mise en scène, trop soucieuse d’ordre plastique, ne parvienne jamais à retrouver la fièvre et la violence sourde qui habitent l’œuvre de Camus.
Un Étranger élégant, mais sans mystère, où la perfection visuelle finit par trahir l’âme du récit.
