Chaque semaine, La 7e bobine fait le tri dans les sorties, et vous donne ses coups de coeur et ses coups de griffe de la semaine.
Les coups de coeur:

Des preuves d’amour, de Alice Douard
Présenté à la Semaine de la Critique 2025, Des preuves d’amour d’Alice Douard s’impose comme un film profondément humain, centré sur les droits des femmes et des couples homosexuels. Le récit suit Nadia, enceinte, et sa compagne Céline, dont l’amour guide un parcours semé d’obstacles pour fonder une famille. Sans jamais se montrer militant, le film oppose douceur et intelligence aux résistances conservatrices qui persistent autour de la parentalité queer. Douard observe avec tendresse leurs démarches administratives et leur espoir, construisant un duo émouvant porté par Monia Chokri et Ella Rumpf. En filigrane, il interroge la légitimité, la place de chacun dans une société encore hésitante face à l’homosexualité. La mise en scène délicate fait du corps de Nadia un symbole de progrès et de liberté. Entre humour et émotion, le film célèbre l’amour et la tolérance. C’est un portrait lumineux de deux femmes avançant ensemble contre les vents contraires.

Dossier 137, de Dominik Moll
Dossier 137 de Dominik Moll reprend la structure quasi-documentaire qui avait fait la force de La Nuit du 12. Le film suit Stéphanie, incarnée par Léa Drucker, une inspectrice chargée d’enquêter sur la blessure grave d’un manifestant touché par un tir de LBD. À mesure que l’instruction avance, se révèle un système où la police se protège et où la justice semble fonctionner à sens unique. Moll détaille la mécanique de l’enquête : visionnage d’images, contradictions entre témoignages, dossiers édifiants. Le film dénonce la banalisation des violences policières, l’impunité persistante et les plaintes qui n’aboutissent jamais. La mise en scène, sobre et tendue, repose sur des plans fixes et le silence pesant qui entoure l’enquêtrice. Le récit devient un véritable procès-verbal filmé, précis et glaçant. Léa Drucker incarne une femme tiraillée entre son éthique et les pressions de sa hiérarchie. Sans condamner la police dans son ensemble, le film expose un système défaillant. Dossier 137 s’affirme ainsi comme un thriller social puissant et nécessaire.

Jean Valjean, de Eric Besnard
Dans Jean Valjean, Éric Besnard se concentre sur un épisode précis du roman de Victor Hugo : la rencontre entre Valjean et Monseigneur Bienvenu. Le film suit un ancien forçat brisé par vingt ans de bagne, incarné avec puissance par Grégory Gadebois, dont la présence physique impose immédiatement le personnage. Besnard privilégie une approche intime plutôt que l’ampleur romanesque habituelle, en s’attachant à l’homme derrière la légende. La mise en scène, classique mais soignée, s’appuie sur des décors sombres et ruraux qui évoquent la France pauvre de 1815. Le film montre un Valjean taiseux, marqué par la violence du passé, partagé entre vengeance et désir de rédemption. Gadebois livre une performance intense et contenue, rendant palpable la lutte intérieure du héros. Certains pourront regretter l’absence de souffle épique, mais le choix de l’introspection donne au récit une authenticité rare. Le geste de miséricorde de l’évêque Myriel devient le cœur du récit, pivot de la transformation de Valjean. Besnard propose ainsi une relecture dépouillée et humaine d’un monument littéraire. Jean Valjean s’impose comme une variation sensible sur le mythe, portée par un acteur habité.

Eleanor The Great, de Scarlett Johanssson
Déjà révélé à Cannes en 2025, Eleanor the Great, première réalisation de Scarlett Johansson, s’est aussi imposé comme l’un des joyaux de la sélection de Deauville. Le film raconte l’histoire d’une grand-mère qui, après la mort de sa meilleure amie juive, entreprend de retracer devant sa communauté le parcours de cette rescapée de la Shoah. Johansson signe un véritable film de femmes, mêlant intensité émotionnelle, humour discret et sens aigu de la transmission. Avec une maîtrise étonnante pour un premier long-métrage, elle aborde le devoir de mémoire avec une légèreté respectueuse et une sensibilité féminine affirmée. June Squibb, 95 ans, offre une interprétation lumineuse, oscillant entre ironie mordante et douleur silencieuse. Eleanor the Great séduit par la simplicité de son récit, la justesse de ses dialogues et son humanité profonde. Une œuvre délicate et pleine de grâce.
Les coups de griffes:

Wicked: partie II
Cette suite de Wicked peine à justifier son existence, tant le premier volet se suffisait à lui-même. Les numéros chantés manquent d’inspiration et n’atteignent jamais l’impact mélodique du précédent film, tandis que le récit se délite, donnant l’impression d’un assemblage convenu et sans véritable souffle. Cynthia Erivo et Ariana Grande assurent vocalement, mais leur engagement ne parvient pas à compenser la faiblesse d’un ensemble brouillon et inutilement prolongé. Une suite qui n’apporte rien et dilue la magie du premier opus.

Franz K., de Agniezka Holland
La réalisatrice de Green Border s’égare complètement dans ce biopic consacré à Kafka, retombant dans un classicisme pesant qui rappelait déjà les limites de L’Ombre de Staline. La tentative de transformer le génie littéraire en personnage de cinéma ne mène à rien : ni incarnation marquante, ni véritable réflexion formelle, ni même un hommage digne à l’univers kafkaïen. Le film reste figé, sans audace, comme incapable de saisir la singularité d’une œuvre fondée sur l’angoisse, l’absurde et l’inconfort. Une occasion manquée, triste et creuse.
