Critique- Sauvage : entre une mère et sa fille des bois

Dans sa fiction Sauvage, Camille Ponsin s’inspire de l’histoire vraie de Nana et sa fille dont il a été témoin. Il met en scène le lien plus fort que tout entre une mère, Sam, et sa fille, Anja, vivant à l’état sauvage, en dépit des obstacles.

Plusieurs familles se sont installées dans les Cévennes où elles mènent une vie rurale en communauté. Anja (Lou Lampros), en proie à une maladie mentale méconnue, s’éloigne de ses proches jusqu’à trouver refuge dans la nature. Sam (Céline Sallette) est en permanence à sa recherche de sa fille, entretenant le seul lien humain restant. Insaisissable et véritable sauvage de l’histoire, cette « fille des bois » perturbe la vie des habitants de la vallée.

Dans Sauvage, Sam s’impose comme le véritable personnage principal. Elle ravitaille sa fille en nourriture, vêtements et lettres, mais leur lien devient sporadique. En l’aidant au présent, elle contribue malgré elle à la maintenir dans cette vie spéciale sans offrir de solution durable. Elle est traversée par de multiples émotions : le désarroi, l’inquiétude, la tristesse, le courage, l’abnégation. Son amour maternel pour sa fille la guide et la pousse à toujours y croire.

La mère se retrouve rapidement confrontée aux plaintes. Dans une position compliquée, elle protège sa fille tout en tentant de réparant ses dégâts. Anja devient une fugitive recherchée qui sème l’angoisse et Sam est considérée comme sa complice, malgré quelques soutiens. Les tension s’accumulent, cette situation apparait inextricable. L’épuisement se lit sur son visage, les traits tirés, les cernes marqués.

Un climat étrange s’installe dans cette vallée auparavant tranquille, les habitants semblent pris au piège d’une menace insaisissable. À mesure que le temps s’étire, l’intrigue prend une tournure presque surréaliste. Les images au générique de la véritable mère, Nana, recherchant sa fille rappellent que derrière cette fiction se cache une histoire bien réelle qui a duré quinze ans. Abasourdi, le spectateur se demande comment une telle situation a pu se produire et s’éterniser en France à une époque pas si lointaine.

Camille Ponsin décrit avec précision le fonctionnement de ces familles de néoruraux soixante-huitards qui s’installent pour vivre en autonomie. Ils se lancent dans des activités traditionnelles artisanales. Leur vie en communauté à l’ancienne, chaleureuse et festive, apporte une chaleur bienvenue au film. Les interactions mitigées avec les autres ruraux, le maire, le médecin ou la police éclairent leur situation marginale, encore mécomprise. Souhaitant vivre plus librement, ils sont confrontés à ces entités ou doivent accepter leur intervention.

Au-delà de cette vie marginale, Anja ne supporte plus la vie en groupe et coupe tout contact humain. La prestation mutique de Lou Lampros est à saluer avec ses regards fuyants et ses expressions faciales tantôt inquiètes tantôt féroces. Craintive et imprévisible, elle se transforme en animal sauvage qui lutte pour sa survie. Prise d’hallucinations auditives propres à la schizophrénie, Anja indique à sa mère que les animaux lui parlent. Ces scènes habilement imaginées, brèves et soudaines, donnent à percevoir ce qui traverse son esprit. Le réalisateur aurait pu prolonger l’expérience mais la maladie en tant que telle ne représente pas le cœur de son propos.

Succinctement mentionnée, la prise en charge de cette maladie interroge. Il n’est question que d’enfermement à l’hôpital, de médication, de suivi. Aucune solution de vie n’est explicitée en termes de cadre de vie, d’activités, de soins. La nature ayant des vertus auxquelles Anja se montre sensible, le film élude pourtant une question essentielle. Il serait intéressant de savoir comment cette nature pourrait être intégrée dans la prise en charge de cette maladie psychique.

La nature occupe justement une place prépondérante dans l’histoire racontée dans Sauvage, ce qui se traduit pleinement à l’écran. Les paysages de cette vallée des Cévennes sont mis à l’honneur grâce de jolis plans par drone. De nombreuses scènes en plans larges montrent Sam parcourant de manière répétée cette immensité à la recherche de sa fille. Tandis que les apparitions d’Anja qui se fond dans son élément sont filmées de plus près, sans pour autant s’approcher d’elle. À la fois grandiose et mystérieuse, cette nature intrigue et ne laisse pas indifférent.

Le film se termine sur une fin ouverte, sans révéler ce qu’il advient d’Anja. Sauvage retient surtout le lien indéfectible entre cette mère et sa fille d’une rare intensité. Parfois proches, parfois distantes, Sam cherchera toujours à comprendre Anja, ne l’abandonnera pas et ne cessera jamais de penser à elle.

La bande-annonce:

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