Retrouvez chaque semaine nos coups de coeur, dont Le Maître du Kabuki , et notre coup de griffe.
Nos coups de coeur:

Le Maître du Kabuki , de Sang-Il-Lee
Présenté à la Quinzaine des Cinéastes 2025, Le Maître du Kabuki propose une immersion exigeante dans l’univers du kabuki à travers le destin de deux jeunes interprètes appelés à emprunter des chemins opposés, l’un attiré par la reconnaissance et la réussite, l’autre habité par la recherche d’une vérité artistique plus intime. Le récit s’appuie sur leurs trajectoires pour exposer, avec une précision quasi didactique, les fondements de cet art codifié, des maquillages aux postures, des costumes aux inflexions vocales. La mise en scène épouse la frontalité, l’excès et la rigueur propres au kabuki, transformant chaque scène en espace de transmission. S’étirant sur plusieurs décennies, l’ensemble explore l’apprentissage, la discipline et la persistance d’une tradition menacée par le temps. Cette abondance de détails finit parfois par alourdir la narration et émousser l’émotion. Mais le film trouve sa force dans des séquences où la scène et les coulisses se confondent, restituant la puissance vivante d’un art fondé sur le geste, l’imitation et la mémoire.

L’Engloutie, de Louise Hémon
Premier long métrage de Louise Hémon, récompensé par le prix Jean Vigo et le prix André Bazin 2025, L’Engloutie s’inscrit dans un espace où le réel se teinte d’une dimension mystique et religieuse, à la lisière d’un fantastique diffus. La blancheur omniprésente des paysages enneigés agit comme un voile, recouvrant le monde et accentuant la sensation d’isolement. Les villages montagnards, figés par le froid, semblent prisonniers de croyances anciennes qui structurent les corps et les esprits. La nature, filmée avec une attention presque rituelle, devient une force narrative à part entière, aussi majestueuse qu’hostile. Au cœur de cet univers clos apparaît une jeune institutrice, venue troubler un équilibre fragile. Sa présence, d’abord discrète, fait progressivement vaciller les certitudes collectives et met à nu la violence sourde des traditions. Le film avance par touches, préférant l’atmosphère à la démonstration, laissant affleurer la mort, le sacré et le désir dans les silences et les regards. Louise Hémon filme les intérieurs comme des espaces d’enfermement mental, tandis que les plans larges ouvrent sur une nature sublime mais écrasante. Cette tension constante entre ouverture et clôture structure le récit. La spiritualité qui traverse le film demeure ambiguë, jamais clairement nommée, toujours ressentie. Galatea Bellugi incarne cette figure étrangère avec une retenue remarquable, donnant à son personnage une densité opaque et intérieure. Son jeu, tout en nuances, refuse l’excès et laisse émerger une forme de tragédie silencieuse. L’Engloutie impose ainsi un cinéma de sensations, austère et profondément incarné, où l’émancipation individuelle se heurte à la persistance implacable du collectif.
Notre coup de griffe:

La Pire mère au monde, de Pierre Mazingarbe
Dès son intitulé, le film annonce une comédie poussive qui ne parvient jamais à tenir ses promesses. Premier long métrage de Pierre Mazingarbe, l’ensemble s’enlise dans un récit faussement corrosif, accumulant les effets lourds et les situations laborieuses sans jamais provoquer le moindre rire. L’intrigue, qui met aux prises une avocate avec sa mère mêlée à une affaire douteuse, manque cruellement de rythme, de logique et de regard. Tout sonne faux, de l’écriture des personnages à la mécanique comique, réduite à une succession de gags poussifs. La mise en scène, plate et approximative, renforce l’impression d’un projet mal pensé, flirtant malgré lui avec le nanar. Même la présence de Louise Bourgoin, pourtant investie, ne suffit pas à relever un niveau globalement abyssal. Quant à Muriel Robin, elle livre une prestation étonnamment maladroite, symptomatique d’un film qui semble constamment à côté de son sujet. Le résultat final laisse une impression de désastre, tant sur le plan comique que cinématographique.
