L’Affaire Bojarski retrace le parcours de cet homme surnommé « le Cézanne de la fausse monnaie », tant ses imitations de billets français étaient stupéfiantes de réalisme. Salomé actualise ce fait divers en construisant un face-à-face méthodique entre le génial contrefacteur et le policier chargé de le faire tomber, incarnés respectivement par Reda Kateb et Bastien Bouillon. L’intrigue, sans être révolutionnaire, a le mérite de détailler avec minutie le processus criminel élaboré par Bojarski : simple immigré venu de Pologne, il perfectionne au fil des années une technique de reproduction quasi indétectable, trompant jusqu’à la Banque de France.
Le scénario s’attarde autant sur l’enquête que sur la vie personnelle du faussaire, longtemps enrichi dans le secret. Salomé le dépeint en esthète obsessionnel, entouré de ses machines, de ses pigments et de ses papiers rares, reproduisant patiemment des billets jugés infalsifiables. Le film évoque la construction d’un véritable empire clandestin, structuré autour de déplacements discrets et de commandes de matériaux disséminées sur tout le territoire.
L’Affaire Bojarski vaut surtout pour la représentation quasi artisanale de la contrefaçon : un art pictural exécuté dans l’ombre, qui absorbe entièrement un homme avide de richesse au point de négliger les siens. Salomé signe une mise en scène classique, linéaire, parfois prévisible, mais portée par l’intensité de ses deux acteurs dont le duel constitue le principal moteur dramatique.
Sans révolutionner le genre, le film éclaire un épisode méconnu de la justice française, qui conduisit à renforcer la sécurité des billets de banque. Une reconstitution appliquée, intéressante par son sujet autant que par le portrait ambigu d’un artiste criminel.
La bande-annonce:
