Ma frère, Les Echos du passé: nos coups de coeur et notre coup de griffe de la semaine

Retrouvez cette semaine notre coup de griffe et nos coups de coeur, dont Ma frère de Lise Akoka et Romane Gueret.

Nos coups de coeur:

Ma frère, de Lise Akoka et Romane Gueret

Après Les Pires, Lise Akoka et Romane Guéret poursuivent leur exploration de la jeunesse avec Ma frère, un film tendre et lumineux ancré dans le réel. Le récit suit un groupe d’enfants issus du quartier de la Place des Fêtes, partis en colonie de vacances, découvrant l’insouciance estivale loin des tours parisiennes. Cette fois, les cinéastes élargissent leur regard en donnant une place centrale aux adultes, deux jeunes animatrices confrontées à la précarité, aux doutes et au désir d’émancipation. Le film alterne avec justesse la légèreté de l’enfance et les tensions du monde adulte, trouvant un équilibre subtil entre comédie et gravité. La mise en scène, vivante et colorée, capte la spontanéité des jeunes acteurs et la chaleur des grands espaces. Sans jamais céder au misérabilisme, Ma frère affirme un cinéma profondément humain, solaire et social.

Les Echos du passé, de Mascha Shilinski

Premier long métrage de Mascha Schilinski, Les Échos du passé s’impose comme une œuvre magistrale et singulière, récompensée à juste titre sur la Croisette. À travers plusieurs générations vivant dans un même lieu, le film explore la transmission du rapport à la mort, du XIXᵉ siècle à aujourd’hui, comme une mémoire diffuse et persistante. Porté par une narration quasi muette, il tisse un récit labyrinthique où les époques, les sons et les gestes se répondent. Schilinski adopte une esthétique expressionniste et gothique, fascinée par les rites funéraires et les photographies post-mortem, symboles d’un cycle de vie ininterrompu. Le regard d’une fillette sert de fil conducteur à cette méditation sur la mémoire et l’absence. Hermétique mais profondément sensoriel, le film privilégie la contemplation à l’explication. D’une beauté sombre et pesante, Les Échos du passé s’impose comme un essai cinématographique puissant sur le deuil, le temps et les cicatrices laissées par les morts chez les vivants.

Father Mother Sister Brother, de Jim Jarmusch

Grand gagnant de la Mostra de Venise 2025, Father Mother Sister Brother confirme le regard acéré de Jim Jarmusch sur les relations humaines, ici déclinées en saynètes familiales minimalistes et profondément dérangeantes. À travers un dispositif choral, le cinéaste observe parents et enfants prisonniers de schémas relationnels figés, où le silence, le non-dit et l’apathie émotionnelle remplacent toute forme de dialogue. Chaque segment expose une incommunicabilité sourde, filmée sans emphase, laissant affleurer un malaise diffus et organique. Les figures parentales, rigides ou absentes, écrasent l’espace affectif, tandis que les enfants apparaissent désorientés, en quête d’un langage impossible. Par une mise en scène épurée et distanciée, Jarmusch dissèque avec une lucidité quasi clinique la vacuité des échanges familiaux. Le film s’achève toutefois sur un segment plus apaisé, consacré à un frère et une sœur confrontés au deuil, offrant une conclusion plus lumineuse. Fidèle à son cinéma du dépouillement, Father Mother Sister Brother s’impose comme une méditation austère et pénétrante sur la fragilité des liens familiaux.

Notre coup de griffe:

Pile ou face, de Alessio Rigo de Righi et Matteo Zoppis

Malgré l’éclectisme de ses choix récents, Nadia Tereszkiewicz peine ici à trouver un terrain de jeu à la hauteur de son talent. Pile ou face souffre d’une proposition trop hésitante, où l’incursion italienne dans le western se transforme en une parodie fade, oscillant maladroitement entre burlesque et fantastique. En revisitant le mythe de Buffalo Bill et l’allégorie du cow-boy, le film ne parvient jamais à dépasser le stade de l’esquisse, ni à assumer pleinement son second degré. Le résultat, trop tiède et formellement bancal, dilue la performance de Tereszkiewicz dans un ensemble sans véritable mordant ni audace, laissant une impression de rendez-vous manqué.

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