Aucun autre choix, Urchin, Les Immortelles: nos coups de coeur et coup de griffe de la semaine

Retrouvez cette semaine notre coup de griffe et nos coups de coeur, dont Aucun autre choix, de Park Chan-wook.

Nos coups de coeur:

Aucun autre choix, de Park Chan-wook

Avec Aucun autre choix, Park Chan-wook livre une adaptation libre et corrosive du roman Le Couperet, transformée en satire noire du monde du travail contemporain. Le film suit un cadre licencié qui, obsédé par le reclassement, s’engage dans une logique d’élimination méthodique de ses concurrents, révélant la violence latente des mécanismes économiques. Porté par une mise en scène rigoureuse et une esthétique stylisée, le récit bascule progressivement vers une noirceur morale assumée. Park Chan-wook y retrouve ses thèmes fétiches — obsession, vengeance, perte de repères — dans un jeu cruel entre ironie et brutalité. Derrière le thriller, se dessine une radiographie implacable d’une société dominée par la compétition, la peur du déclassement et la déshumanisation du travail, où la réussite devient une pathologie et l’homme, un rouage prêt à se briser.

Urchin, de Harris Dickinson

Présenté au Festival de Cannes 2025, Urchin marque les débuts derrière la caméra de Harris Dickinson avec un drame social âpre et intimiste. Le film suit Mike, un marginal survivant de petits boulots et de larcins, qui tente de se reconstruire après un passage en prison, sans jamais parvenir à échapper durablement à ses démons. Inscrit dans une veine sociale rappelant Ken Loach, Urchin dresse le portrait d’une Angleterre des marges, étouffante et sans échappatoire. Frank Dillane incarne avec justesse un homme pris entre désir de normalité et pulsion d’autodestruction. Si le film souffre parfois d’un certain dolorisme et d’une approche démonstrative, il affirme un regard personnel, plus subversif et désabusé, qui transforme cette errance sociale en chronique sombre, frontale et étonnamment singulière.

Les Dimanches, de Alauda Ruiz de Azua

Les Dimanches explore avec délicatesse l’éveil spirituel d’Ainara, une adolescente déterminée à entrer au couvent et à consacrer sa vie à la foi catholique. À travers ce choix radical, Alauda Ruiz de Azua s’attache à une période charnière de l’existence, où la construction intime se heurte aux attentes familiales et sociales. Porté par l’interprétation juste de Blanca Soroa, le film adopte une mise en scène épurée, presque rohmerienne, laissant émerger les tensions par les mots, les silences et les regards. Les débats au sein du cercle familial cristallisent les contradictions entre liberté de croire, rejet du religieux et inquiétudes face à un engagement si précoce. Sans jamais juger ni expliquer frontalement la foi, Les Dimanches interroge ses origines, ses failles possibles et ses conséquences, dessinant le portrait sensible d’une quête de sens sincère dans une société contemporaine largement désenchantée.

Les Immortelles, de Caroline Deruas Peano

Les Immortelles capte avec intensité l’absolu de l’adolescence à travers l’amitié fusionnelle de Charlotte et Liza, deux jeunes filles de 17 ans persuadées que rien ne pourra jamais les séparer. Caroline Deruas Peano filme cet âge de tous les excès — émotionnels, créatifs, existentiels — avant qu’un événement brutal ne vienne le fissurer : la mort soudaine de Liza. Refusant le récit de deuil classique, le film adopte une narration fragmentée, traversée d’élans oniriques et de ruptures de ton, à l’image du chaos intérieur de Charlotte. La mise en scène, parfois débordante, cherche moins le réalisme que la restitution d’un ressenti adolescent vécu à fleur de peau. Porté par la complicité vibrante de Lena Garrel et Louiza Aura, Les Immortelles interroge la manière de survivre à l’absence sans renoncer à la joie, avançant avec ses failles, mais toujours guidé par une sincère recherche d’émotion.

Notre coup de griffe:

Les Enfants de la résistance, de Christophe Barratier

Pur produit d’un cinéma populaire formaté, Les Enfants de la résistance illustre les limites d’une adaptation sans véritable regard de cinéma. Christophe Barratier semble prisonnier d’une formule inchangée depuis Les Choristes, livrant une mise en scène plate, illustrative et dénuée d’inventivité. Tout y paraît appliqué, calibré pour le grand public, sans aspérité ni audace formelle. Le film avance comme sur des rails, suivant un cahier des charges plus qu’une vision artistique. À cette absence de personnalité s’ajoutent des interprétations souvent approximatives, peinant à donner chair à un sujet pourtant porteur. Faute de souffle et de singularité, le récit reste inoffensif et sage. Les Enfants de la résistance passe ainsi à côté de son potentiel, préférant le confort du consensus à l’exigence du cinéma.

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