Premier film de Mélisa Godet, La Maison des femmes donne la parole aux femmes victimes de violences, mais aussi à celles qui s’inscrivent dans un combat devenu tristement central dans notre société.
La cinéaste place sa caméra à l’intérieur d’une structure dédiée à l’accueil, à l’accompagnement et au soin des femmes victimes de violences sexistes et sexuelles. Autour d’elles, des médecins, des infirmières, des professionnelles de santé qui écoutent, orientent, soignent, avec des moyens souvent limités. Là où le sujet fait régulièrement la une de l’actualité, La Maison des femmes choisit un autre angle : celui du fonctionnement quotidien d’un lieu essentiel, filmé avec une grande lucidité.
Le film s’attache à montrer l’organisation de cet établissement, la complexité des situations rencontrées et la nécessité d’un travail collectif. Le scénario s’ancre dans le réel sans jamais chercher l’effet. Ce qui se joue entre ces murs dépasse le simple constat : il s’agit de répondre, au jour le jour, à une problématique médicale, sociale et humaine d’une extrême violence.
Consultations, temps d’écoute, paroles mesurées, ateliers de soutien, gestes de soin : chaque étape est détaillée avec une précision presque clinique, permettant de mesurer l’importance capitale de ce dispositif. Mélisa Godet éclaire autant les missions des professionnelles que le courage des femmes qui franchissent la porte pour demander de l’aide. C’est dans cette galerie de parcours féminins que le film puise son émotion la plus forte.
Les témoignages racontent l’emprise, les coups, les traditions mutilantes, les violences répétées. Le film n’élude rien. Il donne à entendre les fractures mentales et corporelles, les blessures irréversibles, sans voyeurisme ni complaisance. La parole circule, parfois fragile, parfois entravée par le déni, mais toujours essentielle.
La mise en scène repose en grande partie sur des séquences d’audition, où les questions et les réponses s’enchaînent, où le suivi médical se dévoile dans toute son intensité. Le long métrage reste constamment au plus près du réel, sans jamais trahir la gravité de son sujet. Le récit se déploie également à travers la vie personnelle des soignantes, femmes elles aussi confrontées aux pressions relationnelles et sociales d’un monde encore dominé par des schémas masculins persistants. Ce choix permet de s’attacher à ces travailleuses engagées, sans les héroïser artificiellement.
La Maison des femmes est à la fois un plaidoyer contre les violences sexistes et sexuelles et un film d’atmosphère, attentif aux difficultés budgétaires, aux tensions internes, mais aussi aux moments de respiration partagés entre collègues. Mélisa Godet parvient à introduire de la légèreté sans affaiblir la force émotionnelle de son propos.
La bande-annonce:
