Le Gâteau du président, À pied d’œuvre: nos avis de la semaine

Découvrez nos avis sur les sorties de la semaine, dont Le Gâteau du président, de Hasan Hadi.

Nos coups de coeur:

Le Gâteau du président, de Hasan Hadi



Grandir sous une dictature signifie apprendre très tôt que chaque geste peut devenir un acte politique. Le Gâteau du Président, premier long métrage de Hasan Hadi, adopte le point de vue de l’enfance pour observer les mécanismes d’un régime autoritaire sans jamais les expliciter frontalement. Dans l’Irak des années 1990, Lamia et son camarade Saeed sont chargés de préparer un gâteau pour l’anniversaire de Saddam Hussein, une mission en apparence banale mais rendue périlleuse par la pénurie et la peur. À travers cette quête minimale, le film montre comment le pouvoir s’insinue dans les procédures quotidiennes et transforme l’obéissance en réflexe. La mise en scène, à hauteur d’enfant, privilégie le hors-champ, les silences et les regards pour faire sentir une violence diffuse et constante. Sans pathos ni démonstration, Hasan Hadi décrit une société où la survie impose des compromis moraux. Quelques gestes de solidarité émergent pourtant, fragiles mais essentiels. Porté par l’interprétation précise de la jeune actrice incarnant Lamia, le film donne une forme intime et profondément humaine à l’apprentissage forcé de la peur.

A pied d’oeuvre, de Valérie Donzelli

À pied d’œuvre marque le retour de Valérie Donzelli avec un film centré sur la précarité artistique et la quête de reconnaissance. Bastien Bouillon y incarne Paul Marquet, ancien photographe devenu écrivain autodidacte, confronté au refus des maisons d’édition et à la nécessité de survivre grâce à des petits boulots. À partir d’un récit volontairement simple, le film dresse un portrait lucide du monde littéraire, dominé par des logiques de visibilité et de succès. La chute sociale de Paul, issu d’un milieu favorisé, révèle la fragilité des statuts et la violence discrète des déclassements. Donzelli filme cette traversée avec humanité, mêlant comédie et mélancolie. La précarité devient paradoxalement un moteur de création et de rencontres. La mise en scène fluide, portée par une voix off, entretient un dialogue constant entre vie et littérature. Le film s’attache avant tout aux trajectoires incertaines des auteurs en marge. À pied d’œuvre propose ainsi une réflexion sensible sur la création comme expérience vécue.

La lumière ne meurt jamais, de Lauri-Matti Parppei

La Lumière ne meurt jamais, présenté à l’ACID à Cannes 2025 puis au Festival des Arcs, suit le parcours intérieur de Pauli, flûtiste reconnu en perte de repères. De retour chez ses parents pour préparer un concert, il traverse une période d’épuisement qui l’amène à questionner son rapport à la musique et à lui-même. Le film observe ce moment de bascule avec retenue, en privilégiant les sensations, les silences et l’écoute. Peu à peu, Pauli s’éloigne de la pratique académique pour explorer des formes sonores plus libres et expérimentales. La dépression affleure sans jamais être explicitée, inscrite dans les gestes, les corps et les sons. Lauri-Matti Parppei adopte une mise en scène douce et sensorielle, où le travail du son structure le récit. La création apparaît comme un espace de survie plutôt que de performance. Une relation amoureuse naît autour de cette recherche musicale partagée. Le film refuse tout discours démonstratif ou normatif. Il interroge la création comme lieu de fragilité et de possible reconstruction.

Avis mitigé:

The Mastermind, de Kelly Reichardt

Fine observatrice de l’Amérique contemporaine, Kelly Reichardt scinde The Mastermind en deux mouvements distincts. Le premier met en scène le braquage d’un musée, un segment qui peine à convaincre tant la mise en place du casse, volontairement molle, frôle parfois la parodie, alourdie par une partition musicale répétitive. Reichardt y apparaît moins inspirée, comme si le dispositif du film de braquage résistait à son cinéma de l’introspection. Cette relative déception laisse place à un second segment plus maîtrisé, recentré sur les personnages. Le film retrouve alors ce qui fait la force du cinéma de Reichardt : une attention portée aux corps, aux silences et à une galerie de figures issues de l’Amérique moyenne, engluées dans des impasses sociales et existentielles. C’est dans cette observation sensible, débarrassée des artifices du genre, que The Mastermind se rapproche le plus des racines du cinéma de sa réalisatrice.

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