Critique-Soumsoum, la nuit des astres: culture et symbolique

Avec Soumsoum, la nuit des astres, Mahamat-Saleh Haroun construit une œuvre parcimonieusement fantastique et résolument féministe, où le pouvoir des femmes s’oppose à l’hégémonie masculine. Présenté à la Berlinale, où il a remporté le prix FIPRESCI, ce film s’inscrit dans la continuité de Lingui, les liens sacrés. Il explore un nouveau pan du féminisme africain à travers l’histoire de Kellou, une jeune femme en proie à des visions terrifiantes. Véritable messagère entre le passé, le présent et le futur, elle croise la route d’Aya, une exilée aux révélations douloureuses.

Haroun réalise ici un long-métrage emblématique des cinémas africains, oscillant entre l’ancrage dans le réel et la persistance des traditions tchadiennes. Le récit puise dans les vieux mythes du continent, notamment celui de la sorcière délivrant des messages de malédiction. Soumsoum, la nuit des astres revêt une dimension anthropologique qui, bien que parfois difficile d’accès pour les néophytes, s’éclaire à la lumière de la filmographie engagée du cinéaste.

Le thème de la mort irrigue le scénario. Kellou, interprétée par Maïmouna Miawana, navigue entre un imaginaire fantastique et un présent douloureux, hantée par des spectres et des messages prémonitoires. Cette symbolique renvoie au devoir de mémoire et au culte des défunts omniprésents dans les villages. Dans ce contexte, le féminisme est dépeint comme une force puissante face aux chefs villageois, prompts à bannir celles qu’ils jugent « maudites ». Haroun dresse ainsi le portrait d’une héroïne charismatique qui défie les conventions sociales. Kellou s’érige en archétype d’une mutation des mentalités, vers une description plus équilibrée des rapports de force.

Le film baigne entièrement dans une atmosphère mystique et spirituelle, faite d’apparitions fantomatiques et de voyages temporels. Le village devient le théâtre d’une histoire à la lisière du traditionalisme et du fantastique. Les paysages imposants du Tchad sont magnifiés par une photographie lumineuse, point fort du film qui allie splendeur esthétique et rigueur documentaire.

Cependant, malgré une mise en scène privilégiant le naturalisme — parfois jusqu’au dénuement — et une interprétation empreinte d’une certaine spontanéité, l’ensemble souffre de quelques longueurs. Le dernier segment s’étire et risque de perdre une partie du public, même celui familier de cette culture.

La bande-annonce de Soumsoum, la nuit des astres:

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