Retrouvez nos avis de la semaine, dont notre coup de coeur pour Romería , de Carla Simón .
On recommande:
Romería, de Carla Simón
Dans Romería, Carla Simón suit Marina, une jeune orpheline de 18 ans partie en Galicie pour faire reconnaître sa filiation et comprendre le passé de ses parents, entouré de silences et de non-dits. À travers cette quête intime, la réalisatrice explore une mémoire familiale fragmentée, marquée par la honte et les versions officielles imposées par les générations précédentes. En toile de fond, le film convoque la Movida espagnole des années 1980, période de liberté mais aussi de dérives, notamment liées à la drogue et au sida, dont les stigmates persistent. Pour combler les vides du récit, Marina s’appuie sur le journal de sa mère, laissant l’imaginaire reconstituer ce qu’elle n’a pas vécu. Carla Simón mêle ainsi fiction et autobiographie dans une mise en scène lumineuse et sensible. À travers le regard instinctif de Llucia Garcia, elle propose une réflexion sur la transmission, les secrets familiaux et la nécessité de se réapproprier son histoire. Romería devient alors un film sur la mémoire, où l’imaginaire agit comme un outil de reconstruction face à l’absence.
Sauvage, de Camille Ponsin
Dans Sauvage, Camille Ponsin s’inspire d’une histoire réelle pour raconter le lien indéfectible entre Sam et sa fille Anja, une jeune femme en rupture avec le monde qui choisit de vivre isolée dans la nature des Cévennes. Tandis qu’Anja, atteinte de troubles psychiques, s’enfonce dans une existence sauvage et insaisissable, Sam devient le cœur du récit, oscillant entre protection, impuissance et amour absolu. En ravitaillant sa fille tout en subissant la pression des habitants et des autorités, elle se retrouve enfermée dans une situation inextricable, où chaque geste d’aide semble aussi entretenir l’isolement d’Anja. Le film installe un climat étrange, presque irréel, dans cette vallée où la peur grandit face à cette présence fantomatique. Camille Ponsin dépeint avec justesse la marginalité des communautés néorurales et interroge en creux les limites de la prise en charge des maladies mentales. Porté par l’intensité de Céline Sallette et la performance mutique de Lou Lampros, Sauvage impressionne aussi par sa mise en scène de la nature, à la fois refuge et territoire inquiétant. Plus qu’un film sur la maladie, c’est avant tout le portrait bouleversant d’un amour maternel qui persiste envers et contre tout.
Le Dernier pour la route, de Francesco Sossai
Dans Le Dernier pour la route, Francesco Sossai met en scène la rencontre entre deux sexagénaires hédonistes, Carlo et Doriano, et Giulio, un jeune étudiant en architecture embarqué malgré lui dans leur errance à travers l’Italie du Nord. Au fil de cette tournée improvisée, faite de souvenirs, de rencontres et de plaisirs simples, les deux aînés initient Giulio à une forme de liberté et de lâcher-prise, dans un récit qui oscille entre comédie douce et chronique existentielle. Porté par une mise en scène légère et sensible, le film capte avec justesse la naissance d’un lien intergénérationnel qui devient progressivement réciproque, Giulio trouvant lui aussi sa place dans cette dynamique. En toile de fond, Francesco Sossai esquisse une Italie contemporaine marquée par les mutations économiques, l’uniformisation culturelle et la disparition progressive de certains repères. Mais loin de céder à la nostalgie, le film célèbre avant tout la richesse des liens humains et l’art de vivre à l’italienne, incarné par ces personnages attachants. Le Dernier pour la route devient ainsi une ode aux plaisirs partagés et à la transmission, rappelant que le bonheur se niche souvent dans les moments les plus simples.
Pour Klára , de Olmo Omerzu
Dans Pour Klára, Olmo Omerzu met en scène une adolescente atteinte d’anorexie, dont l’état évolue au contact de ses relations proches lors de vacances en Croatie. Sans jamais tomber dans le voyeurisme, le film propose une représentation juste et sensible de la maladie, évitant toute glorification de la maigreur. La rencontre avec Denis, un jeune pêcheur, agit comme un déclencheur : à mesure que Klára s’attache à lui, son élan vital renaît, révélant l’importance d’un lien affectif sincère. Mais cet équilibre fragile est rapidement mis à l’épreuve, recentrant le récit sur la cellule familiale, elle-même traversée par des tensions liées à la séparation des parents. Olmo Omerzu capte avec finesse les dynamiques internes, notamment le déséquilibre affectif qui touche le frère cadet, relégué au second plan. Refusant le mélodrame, le film privilégie une mise en scène contenue, jusqu’à une rupture finale brutale qui vient troubler cette apparente accalmie. Pour Klára interroge ainsi les réactions face à la maladie et souligne le rôle essentiel des relations humaines dans le processus de reconstruction.
On ne recommande pas:
Le Cri des gardes, de Claire Denis
Isaach de Bankolé retrouve Claire Denis dans cette adaptation d’une pièce de Bernard-Marie Koltès, autour d’un face-à-face marqué par les tensions raciales. Mais très vite, le film s’enlise dans un dispositif théâtral qui étouffe toute tentative de cinéma. Réduite à des échanges verbaux figés entre deux hommes séparés par une grille, la mise en scène peine à s’émanciper de son origine scénique et ne parvient jamais à créer un véritable espace cinématographique. Ce qui aurait pu être une réflexion tendue et incarnée sur le racisme se transforme en un dialogue stérile, privé de souffle et d’enjeu. Plus qu’un simple faux pas, le film pose la question de la pertinence même de son adaptation : en restant prisonnière du théâtre, Claire Denis semble avoir oublié ce qui fait la spécificité du cinéma.
