Dans Vanilla, premier long métrage de la réalisatrice mexicaine Mayra Hermosillo, plusieurs générations de femmes cohabitent dans un joyeux désordre, entre éclats de rire, disputes du quotidien et inquiétudes silencieuses. Présenté aux Giornate degli Autori de la Mostra de Venise, le film transforme peu à peu cette maison encombrée en refuge fragile face à un monde extérieur de plus en plus menaçant.
Car derrière ses couleurs chaudes et son esthétique délicieusement rétro, Vanilla raconte avant tout une précarité qui avance lentement. Les dettes s’accumulent, les lettres de menace arrivent, et cette famille atypique risque de perdre ce qui lui reste : son foyer. Pourtant, Mayra Hermosillo ne filme jamais le drame frontalement. Elle préfère observer les gestes du quotidien, les silences, les repas improvisés, les chamailleries et les moments absurdes qui continuent malgré tout. C’est dans cette capacité à faire coexister l’angoisse et la douceur que le film trouve sa plus belle justesse.
Impossible de ne pas penser à Little Miss Sunshine devant cette galerie de personnages cabossés, sincères et farfelus. Comme dans le célèbre road movie américain, chaque figure semble porter ses propres failles tout en participant à une étrange harmonie collective. La grand-mère joue aux cartes pendant que les problèmes financiers s’accumulent, un perroquet balance des insultes au milieu du salon, et les discussions passent du rire aux tensions en quelques secondes. Cette agitation permanente donne au film une énergie communicative.
Mais derrière cette comédie dramatique se cache aussi un très beau portrait de sororité. Dans cette maison où les femmes occupent tout l’espace, la solidarité devient une manière de survivre à la pression sociale et financière. Elles se soutiennent maladroitement, s’épuisent parfois les unes les autres, mais restent liées coûte que coûte. Mayra Hermosillo filme ces relations sans idéalisation, avec une tendresse qui laisse toujours exister les défauts et les contradictions de chacune.
En creux, Vanilla devient aussi le récit d’apprentissage d’une jeune fille qui observe ce chaos familial avec une inquiétude grandissante. À travers son regard, le film parle de l’enfance qui s’efface, des responsabilités qui arrivent trop tôt et de ce que l’on choisit de conserver lorsqu’un monde menace de disparaître.
Avec son énergie douce-amère et son affection évidente pour ses personnages, Vanilla compose un portrait de famille profondément attendrissant. Un film désordonné, vivant et sincère, qui rappelle que même au bord du précipice, certaines maisons continuent de tenir debout grâce à celles qui les habitent.
La bande-annonce de Vanilla:
