Découvrez notre sélection hebdomadaire de films à regarder en streaming, dont Une année italienne, réalisé par Laura Samani.
Sur Sooner:
Une année italienne, de Laura Samani

Avec Une année italienne, Laura Samani quitte l’univers de Piccolo Corpo pour raconter l’adolescence et les rapports entre filles et garçons. En 2007, dans un lycée de Trieste, Frederika, une jeune Suédoise, arrive dans une classe où elle devient rapidement la cible des regards, des moqueries et des comportements sexistes. À travers son quotidien, le film montre comment les garçons peuvent voir une fille davantage comme un objet de désir que comme une véritable amie. Entre attirance, amitié et humiliations, Frederika cherche peu à peu sa place dans cet environnement marqué par les préjugés.
Sans adopter un ton ouvertement militant, Laura Samani traite la question de la domination masculine avec beaucoup de subtilité. Elle mélange les codes du film pour adolescents et de la comédie sentimentale, tout en laissant apparaître une violence plus discrète, présente dans les gestes et les attitudes. Une année italienne prolonge ainsi les réflexions de Piccolo Corpo sur la condition des femmes, mais dans un cadre contemporain. Le film rappelle surtout que l’adolescence est une période où se construisent les rapports aux autres, mais aussi les mentalités qui peuvent, avec le temps, évoluer.
Fils de personne, de Safy Nebbou

Avec Fils de personne, Safy Nebbou raconte l’histoire de Thomas, un père adoptif encore marqué par la mort de sa compagne, qui part en Thaïlande avec Mapring, son fils de quatre ans, à la recherche de sa mère biologique. Ce voyage, qui devait être une simple quête d’origine, devient rapidement une expérience difficile et profondément personnelle. Alors que Thomas cherche des réponses, Mapring reste attaché au souvenir de celle qu’il considère comme sa véritable mère. À travers leur parcours, le film évoque les questions liées à l’adoption, à l’abandon et au déracinement, tout en montrant les difficultés d’un enfant confronté à la séparation et aux incertitudes sur ses origines. La Thaïlande sert de décor à cette histoire, entre paysages magnifiques et réalité sociale marquée par la précarité.
Romain Duris interprète Thomas avec beaucoup de retenue, donnant au personnage une fragilité qui permet de comprendre ses doutes et ses difficultés à trouver sa place de père. Le film repose surtout sur les regards, les silences et les non-dits, plutôt que sur de longs dialogues. Safy Nebbou adopte une mise en scène assez classique, mais les paysages thaïlandais et la relation entre l’homme et l’enfant donnent au récit une vraie dimension émotionnelle. Malgré quelques passages parfois trop appuyés, Fils de personne reste un film profondément humain sur la filiation et la recherche des origines. Le voyage de Thomas et Mapring devient finalement une manière de comprendre ce qui construit une famille, au-delà des liens du sang.
Toutes mes soeurs, de Massoud Bakhshi

Avec Toutes mes sœurs, Massoud Bakhshi raconte l’histoire de ses deux sœurs à partir d’archives familiales filmées pendant près de vingt ans. De leur enfance à leur vie adulte, le réalisateur observe leur quotidien et, à travers elles, les changements qui traversent progressivement la société iranienne. Le film s’intéresse surtout à la vie privée, aux relations familiales et au poids des traditions, plutôt qu’aux événements politiques les plus visibles. Au fil des années, Zahra et Mayha grandissent dans une société où les attentes de la famille et les normes religieuses se confrontent de plus en plus à leurs propres envies. Le documentaire montre ainsi, avec beaucoup de pudeur, les difficultés et les questionnements auxquels les jeunes femmes sont confrontées en Iran.
La force du film vient de son approche très personnelle et de la simplicité des images, qui donnent au récit une dimension authentique. Sans adopter un ton ouvertement militant, Bakhshi montre les différences entre les générations et le désir d’émancipation qui apparaît progressivement chez ses sœurs. Les événements récents en Iran, notamment le mouvement « Femmes, Vie, Liberté », donnent aussi une résonance particulière à ces images tournées au fil des années. Toutes mes sœurs devient ainsi à la fois un album de famille et un témoignage sur l’évolution d’une société. À travers le parcours de Zahra et Mayha, le réalisateur montre surtout comment les mentalités peuvent changer peu à peu, malgré le poids des traditions et des contraintes sociales.
Sur CINE+OCS:
Woman and Child, de Saeed Roustaee

Avec Woman and Child, Saeed Roustaee raconte la vie de Mahnaz, une veuve qui élève seule ses deux enfants dans une société où les femmes doivent constamment composer avec les règles imposées par les hommes. Plutôt que de dénoncer directement le régime iranien, le réalisateur montre comment les contraintes s’installent dans la vie quotidienne, au sein de la famille, de l’école et des relations amoureuses. Lorsque Mahnaz accepte de cacher temporairement l’existence de ses enfants pour répondre aux attentes de son compagnon, elle se retrouve prise dans un engrenage dont il devient difficile de sortir. Le film avance ainsi par petites étapes, montrant comment les choix d’une femme peuvent être dictés davantage par la nécessité que par sa propre volonté.
Roustaee adopte une mise en scène sobre et proche des personnages, où la violence reste souvent silencieuse. Les espaces fermés, les regards et les non-dits traduisent une oppression qui s’installe progressivement, sans jamais devenir spectaculaire. Parinaz Izadyar donne à Mahnaz une interprétation retenue, où la colère et la fatigue apparaissent peu à peu. À travers elle, le film propose un regard profondément féministe sans tomber dans le discours militant. Woman and Child montre surtout comment les normes sociales et familiales peuvent limiter la liberté des femmes et rappelle que, dans un environnement aussi contraignant, résister peut déjà devenir une forme de désobéissance.
On ira, de Enya Baroux

Pour son premier long métrage, Enya Baroux aborde un sujet délicat : le droit de mourir dignement. On ira suit Marie, 80 ans, malade et décidée à se rendre en Suisse pour mettre fin à ses jours. Incapable d’annoncer la vérité à son fils Bruno et à sa petite-fille Anna, elle invente une histoire d’héritage et les embarque dans un road-trip familial. Avec Rudy, son nouvel auxiliaire de vie, ils prennent la route à bord d’un vieux camping-car, sans savoir que ce voyage va profondément changer leurs relations. Entre disputes, moments de complicité et situations inattendues, le film transforme progressivement ce qui devait être un dernier voyage en une véritable aventure familiale.
Enya Baroux choisit de traiter la fin de vie avec beaucoup de légèreté, en mélangeant humour et émotion sans minimiser la gravité du sujet. Hélène Vincent apporte beaucoup de justesse au personnage de Marie, tandis que les autres acteurs donnent au groupe une énergie à la fois drôle et touchante. Le film évoque la mort, la maladie et les liens familiaux à travers des scènes de tendresse, mais aussi des quiproquos et des situations burlesques. Ce mélange permet d’éviter un récit trop lourd et donne au film une dimension profondément humaine. On ira parle finalement autant de la mort que de la vie, en montrant l’importance de profiter des derniers instants.
La Vie de château, de Madeleine Perdrillat et Nathaniel H’Limi

Avec La Vie de château, Clémence Madeleine-Perdrillat et Nathaniel H’Limi racontent le deuil et la reconstruction à travers les yeux de Violette, une fillette de huit ans qui vient de perdre ses parents dans un attentat. Envoyée chez son oncle Régis, gardien au château de Versailles, elle découvre un homme solitaire et maladroit avec lequel elle a du mal à créer un lien. Tous deux vont pourtant apprendre à se connaître et à vivre ensemble malgré leur peine et leurs silences. Adapté du court métrage sorti en 2019, le film aborde le deuil avec beaucoup de délicatesse, sans tomber dans le pathos. Les émotions passent surtout par les gestes, les regards et les petits moments du quotidien, donnant au récit une dimension très touchante.
L’animation, aux couleurs douces et aux traits simples, renforce cette impression de fragilité et de tendresse. Versailles devient plus qu’un simple décor : le château accompagne l’histoire de Violette et symbolise peu à peu la possibilité de se reconstruire. La relation entre la fillette et son oncle évolue progressivement, sans solution facile ni grands discours, mais avec beaucoup de justesse. La musique discrète d’Albin de la Simone accompagne également les émotions sans les imposer. Malgré un sujet difficile, La Vie de château reste un film lumineux qui parle autant aux enfants qu’aux adultes. Il rappelle surtout qu’après une épreuve, les liens peuvent se reconstruire peu à peu et redonner une place à la tendresse.
Un monde fragile et merveilleux, de Cyril Aris

Avec Un Monde fragile et merveilleux, Cyril Aris raconte une histoire d’amour qui traverse les années sur fond de Liban en crise. Nino et Yasmina se connaissent depuis l’enfance et se retrouvent à l’âge adulte, ravivant des sentiments longtemps restés présents. Leur relation devient le cœur du film, alors que leur pays est confronté aux conflits, à la corruption, à la précarité et aux difficultés du quotidien. Le réalisateur joue ainsi sur le contraste entre l’intensité de leur amour et la réalité d’un pays profondément fragilisé. Malgré les épreuves, les deux personnages continuent de s’aimer, de se retrouver et d’avancer ensemble, comme si leur relation représentait une forme de résistance face à un environnement qui ne cesse de les mettre à l’épreuve.
Le film alterne entre l’enfance et l’âge adulte pour montrer l’évolution de Nino et Yasmina, mais aussi celle du Liban. La mise en scène privilégie les émotions, les gestes et la proximité entre les personnages plutôt que les grands discours politiques. Les couleurs, la sensualité et l’énergie du récit donnent au film une tonalité étonnamment lumineuse malgré la gravité du contexte. Les feux d’artifice qui reviennent régulièrement rappellent d’ailleurs cette ambiguïté entre espoir et menace. Un Monde fragile et merveilleux est ainsi à la fois une romance et un portrait d’un pays en difficulté. À travers cette histoire d’amour, Cyril Aris propose surtout un film humain et optimiste, qui cherche à montrer qu’au milieu du chaos, il reste encore une place pour l’amour, la liberté et l’espoir.
Ollie, de Antoine Besse

Pour son premier long métrage, Antoine Besse signe avec Ollie un film qui mêle l’univers du skate à une chronique sociale sur la jeunesse et le monde rural. Pierre, un adolescent discret vivant avec son père agriculteur, découvre le skate grâce à Bertrand, un jeune homme employé à la ferme, marqué par une vie difficile et des problèmes de dépendance. Entre eux se crée une relation particulière, faite de transmission, de confiance et de fragilité. À travers cette rencontre, le réalisateur montre comment le skate peut devenir un moyen de s’évader, de trouver sa place et de reprendre confiance. Mais derrière cette liberté se cachent aussi les difficultés d’une jeunesse confrontée à l’isolement, au manque de perspectives et aux dérives.
Inspiré d’une histoire réelle, Ollie dépasse donc largement le simple film consacré au skate. Antoine Besse s’intéresse aux campagnes oubliées, aux familles fragilisées et à ceux qui cherchent une échappatoire dans un quotidien difficile. La relation entre Pierre et Bertrand permet au film de montrer à la fois la force de la solidarité et les dangers qui peuvent accompagner cette volonté de fuir. Avec une mise en scène sensible et une interprétation convaincante de Kristen Billon et Théo Christine, le film oscille entre énergie adolescente et gravité sociale. Ollie devient ainsi un portrait touchant d’une jeunesse en quête de liberté, mais aussi une réflexion sur les blessures et les espoirs qui existent loin des grandes villes.
Différente, de Lola Doillon

Avec Différente, Lola Doillon s’intéresse à l’autisme à travers le parcours de Katia, une femme qui rencontre de nombreuses difficultés dans sa vie professionnelle et dans ses relations avec les autres. Mal à l’aise dans les espaces bruyants, sensible à son environnement et souvent en décalage avec les codes sociaux, elle découvre progressivement qu’elle est autiste. Le film montre ainsi les difficultés liées au trouble du spectre de l’autisme, notamment les problèmes de communication, la fatigue sociale et les particularités sensorielles. Mais il s’intéresse surtout à l’autisme chez les femmes, encore trop souvent mal diagnostiqué. Katia illustre notamment les efforts que certaines femmes mettent en place pour masquer leurs difficultés et essayer de s’adapter à une société qui ne comprend pas toujours leur fonctionnement.
Porté par une interprétation très convaincante de Jehnny Beth, Différente cherche avant tout à faire comprendre une réalité encore méconnue. Lola Doillon s’appuie sur des témoignages et sur l’expérience de personnes concernées pour éviter les clichés et donner une image plus nuancée de l’autisme. Le film aborde également les difficultés rencontrées dans le monde du travail, les relations amoureuses et le manque de compréhension qui peut entourer les personnes autistes. Sans tomber dans le pathos ou dans un discours trop explicatif, la réalisatrice privilégie une approche sensible et concrète. Différente devient ainsi un film à la fois intime et pédagogique, qui invite surtout à changer notre regard sur l’autisme et sur celles et ceux qui vivent avec ce trouble au quotidien.
Orphelin, de Laszlo Nemes

Avec Orphelin, László Nemes poursuit son travail autour de la mémoire et des blessures laissées par l’Histoire. Le film se déroule à Budapest en 1957, après l’écrasement de la révolution hongroise, et suit Andor, un adolescent juif qui grandit avec l’absence de son père, disparu pendant la Shoah. Alors qu’il a toujours considéré cette disparition comme une certitude, un homme vient bouleverser ses repères en affirmant être son véritable père. Cette rencontre plonge le jeune garçon dans le doute et l’oblige à remettre en question l’histoire qu’il s’était construite. À travers cette relation difficile, Nemes s’intéresse moins aux grands événements historiques qu’à leurs conséquences sur ceux qui doivent vivre avec leurs traces.
Comme dans Le Fils de Saul et Sunset, le réalisateur privilégie une mise en scène très proche des personnages, faite de silences, de regards et de tensions souvent contenues. L’Histoire reste présente en arrière-plan, mais c’est surtout le bouleversement intérieur d’Andor qui intéresse le cinéaste. Grégory Gadebois donne au personnage du père une présence à la fois dure et fragile, sans jamais le réduire à une figure simplement bonne ou mauvaise. Orphelin devient ainsi une réflexion sur la filiation, la mémoire et l’identité, mais aussi sur la manière dont un enfant peut vivre avec un passé qu’il n’a pas choisi. Un film intime et exigeant, qui montre comment les blessures de l’Histoire continuent de se transmettre d’une génération à l’autre.
