Critique- The Social Reckoning: les dessous d’un géant

À mettre en lien avec The Social Network, de David Fincher, The Social Reckoning permet de voir l’envers du décor de Facebook, l’enfer des algorithmes et certaines de ses dérives idéologiques.

Aaron Sorkin s’inspire de l’affaire des « Facebook Files », initiée par la lanceuse d’alerte Frances Haugen, qui avait copié plusieurs centaines de documents internes lorsqu’elle travaillait pour le réseau social. Au cœur de l’enquête publiée par le Wall Street Journal : la politique jugée trop passive de Facebook face aux contenus haineux et identitaires, au harcèlement, ainsi que la prolifération de publications favorisées par les algorithmes.

the social reckoning

The Social Reckoning permet d’aller un peu plus loin dans les dessous des clics, des likes et des signalements, en montrant comment l’entreprise aurait privilégié les profits au détriment de ses utilisateurs. Porté notamment par Mikey Madison et Jeremy Allen White, le film s’articule autour des auditions de Mark Zuckerberg, interprété par Jeremy Strong, et du travail journalistique mené en quelques jours.

Désormais devenue Meta, l’entreprise y est décrite comme un environnement ayant favorisé le développement de la haine et la propagation de l’idéologie QAnon, mouvement associé à l’assaut du Capitole. Au milieu de tout cela : des algorithmes conçus pour maximiser l’engagement, quitte à favoriser certains groupes extrémistes et d’autres contenus aux effets néfastes.

Aaron Sorkin livre ainsi un film-enquête mené à un rythme soutenu, qui présente le géant des réseaux sociaux sous un jour bien moins rassurant. Facebook apparaît moins comme un espace de partage que comme une gigantesque machine publicitaire, susceptible de mettre en avant les contenus les plus polarisants. En ligne de mire, la politique de modération, régulièrement remise en question depuis la création de la plateforme.

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C’est aussi ce qui permet à The Social Reckoning de rester tristement dans l’air du temps, alors que l’application au logo bleu continue de faire l’objet de nombreuses critiques concernant le cyberharcèlement, les faux comptes et la circulation de contenus problématiques.

La mise en scène reste très formelle, avec un Jeremy Strong qui campe un Zuckerberg rigide, droit comme un « I », face aux accusations. De l’autre côté, celle qui dénonce et ceux qui enquêtent et publient. Dans cette sorte de procès, les dialogues sont nombreux, parfois chargés de termes techniques et de tergiversations, mais l’essentiel reste compréhensible : les conséquences sur la santé mentale, le temps passé devant les écrans et surtout la permissivité d’une structure qui peut favoriser, presque mécaniquement, des abus de toutes sortes.

Alors que The Social Network racontait les débuts de Facebook et les conditions de sa création, The Social Reckoning s’intéresse à une entreprise devenue tentaculaire et à un fondateur semblant désormais dépassé par certaines conséquences de son système. La critique n’en demeure pas moins cinglante et sans appel. En relatant l’affaire des « Facebook Files » avec minutie, le film propose une plongée inquiétante dans les coulisses d’un réseau social dont les dérives semblent, plus que jamais, difficiles à ignorer.

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