Les Tempêtes : la mémoire des défunts

D’étranges tempêtes de poussière jaune s’abattent sur la ville. Nacer, journaliste, couvre le phénomène pour son journal. Alors que les évènements inexpliqués se multiplient, sa femme Fajar réapparaît. Face à des vents de plus en plus menaçants et tandis que la ville semble sombrer dans la folie, Nacer devra dénouer un passé qui le hante.

La cinéaste franco-algérienne Dania Reymond s’interroge sur le souvenir des défunts dans ce premier film, situé à la lisière du fantastique et de l’expérimental.

Dania Reymond a déjà été l’autrice d’un court-métrage, La Tempête, dans lequel un homme se souvenait de sa première projection de cinéma. Elle poursuit sa réflexion philosophique avec Les Tempêtes, une œuvre qui lui permet de se questionner une fois de plus sur l’importance des souvenirs, du passé et des proches décédés. Une poussière jaune s’abat sur les champs algériens, puis dans les villes. Nacer, journaliste de profession, en quête de sujets captivants, se penche sur cette affaire paranormale. Lors d’une nuit pluvieuse, Fajar, sa femme pourtant décédée, réapparaît dans un taxi. Voici le point de départ d’une histoire dans laquelle Dania Reymond fait ressurgir les fantômes du passé et les souffrances qui y sont liées. La cinéaste livre une première réalisation honorable, assez fine, qui constitue une nouvelle variation sur le thème des revenants. Le cadre algérien est bien sûr l’idéal pour développer ce récit, le pays ayant souffert de la guerre et du terrorisme et où l’odeur de la mort s’est répandue un peu partout. Les Tempêtes devient ainsi l’exemple d’une Algérie qui panse encore ses plaies, et propose une interrogation sur l’influence des drames du passé dans le présent.

Tout le potentiel émotionnel réside dans cette résurrection de Fajar, interprétée par Camélia Jordana, qui cristallise les peurs et les angoisses de Nacer, un homme terrassé par la douleur du décès et vivant dans les souvenirs. Doté d’une fragilité et d’un esprit marqué par la vengeance, ce personnage est en quelque sorte la représentation d’un pays en reconstruction. Pour Dania Reymond, ces morts qui ressuscitent prouvent l’attachement familial, essentiel dans les communautés arabes. Elle évite soigneusement de tomber dans le pathos, en racontant des retrouvailles inattendues et fantastiques. Le propos est d’une beauté limpide, la dramaturgie d’une grande légèreté, et la cinéaste fait preuve d’une intelligence d’écriture en montrant deux personnages détruits qui se croisent temporairement au gré des vents sablonneux. Le choix de ne pas aller vers les intenses émotions et de privilégier la lenteur s’accorde avec la rapidité du temps qui passe, sans effacer les souvenirs. Les Tempêtes est plus un film expérimental, sondant l’état d’une nation rongée par les inquiétudes et dominée par la mémoire des défunts, lesquels sont encensés. Un joli petit film ravivant la présence des proches partis au paradis, très intriguant, certes de courte durée. Le contenu mérite le coup d’œil, tout comme d’autres aspects cinématographiques, tels que l’interprétation de Camélia Jordana et Khaled Benaissa ou les décors résolument poussiéreux et jaunâtres, donnant l’aspect d’une ville à l’ambiance apocalyptique.

Les Tempêtes, de Dania Reymond, avec Camélia Jordana et Khaled Benaissa, en salles le 20 novembre 2024.

Note : 3,5/5

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