Critique- La Dernière patiente: le chant du cygne d’une médecin

Premier film de Rémi Bassaler, La Dernière Patiente réunit Anouk Grinberg et Luana Bajrami dans un récit de sororité doublé d’une réflexion sur la transition entre le monde du travail et la retraite.

Judith, médecin, doit abandonner son cabinet pour partir à la retraite, alors que son immeuble est en cours de démolition. L’appel d’une jeune femme enceinte et désemparée va lui permettre de renouer avec un métier dont elle ne parvient pas à se détacher.

Rémi Bassaler signe un film abordant deux sujets sociaux souvent passés sous silence : le départ à la retraite d’une médecin, véritable crève-cœur pour Judith, qui a consacré sa vie à la médecine, et les difficultés d’une jeune femme confrontée à une grossesse dans un contexte de grande précarité affective. Le réalisateur filme son héroïne en proie à une profonde mélancolie, incapable de profiter des fruits d’une vie de labeur, enfermée dans une solitude imposée et confrontée à la destruction de son environnement. Face à elle, une jeune femme enceinte, empêtrée dans une relation toxique avec son compagnon. Dans cette atmosphère grise et brouillardeuse, les deux femmes se rapprochent peu à peu, et La Dernière Patiente se révèle bien plus profond et alarmant qu’il n’y paraît.

Dans sa mise en scène, Rémi Bassaler fait de l’immeuble le principal lieu où convergent les tensions, mais aussi où renaît une forme d’humanité auprès d’une jeune adulte en perte de repères, en quête d’écoute et d’attention. C’est dans les scènes qui réunissent les deux femmes que le film trouve toute sa force, en construisant progressivement une relation presque maternelle sur fond d’un système de santé constamment débordé. Plus qu’un récit de sororité, le film glisse vers une critique d’une société régie par des règles impersonnelles, d’un hôpital qui s’effondre et d’une ancienne praticienne qui saisit l’occasion de prolonger sa vocation en retardant l’inévitable.

la dernière patiente

La Dernière Patiente aborde plusieurs thèmes profondément actuels, tandis que la richesse du scénario répond à la qualité de la mise en scène. Une succession de séquences tendues et oppressantes accompagne deux femmes déterminées à se battre dans un monde qui ne leur laisse guère de place. Grâce à un montage précis, Bassaler resserre son récit autour de l’essentiel, évite les artifices convenus et privilégie un thriller social au rythme maîtrisé, porté par un scénario inventif centré sur les convictions ébranlées d’une soignante.

En faisant se rencontrer deux réalités opposées, La Dernière Patiente conduit son récit vers une même trajectoire, celle de la résilience féminine dans un monde sombre. C’est là que réside sa véritable force : raconter une histoire de solidarité entre deux femmes à travers le regard d’un cinéaste attentif, dont la mise en scène accompagne avec justesse les difficultés auxquelles elles sont confrontées. Chaque cadre met en valeur leurs parcours pourtant diamétralement opposés. La Dernière Patiente dessine ainsi une convergence sociale où l’humain finit par l’emporter sur l’argent. Judith, interprétée par une nouvelle fois brillante Anouk Grinberg, ne se pose jamais en porte-étendard d’une catégorie socioprofessionnelle privilégiée, mais demeure avant tout une médecin à l’écoute de cette ultime patiente. L’opposition entre les deux héroïnes s’estompe progressivement, tandis que Félix Leclerc impose une présence masculine dominante, à la fois inquiétante et pesante.

La Dernière Patiente est un premier essai concluant qui choisit de tout raconter dans une structure resserrée, faisant subtilement écho aux témoignages de nombreuses femmes dans la société française.

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