Août 92. Une vallée perdue dans l’Est, des hauts fourneaux qui ne brûlent plus. Anthony, quatorze ans, s’ennuie ferme. Un après-midi de canicule au bord du lac, il rencontre Stéphanie. Le coup de foudre est tel que le soir même, il emprunte secrètement la moto de son père pour se rendre à une soirée où il espère la retrouver. Lorsque le lendemain matin, il s’aperçoit que la moto a disparu, sa vie bascule.
Les frères Boukherma (Teddy, L’Année du requin) adaptent le roman de Nicolas Mathieu, Prix Goncourt 2018. Présenté en compétition à la Mostra de Venise 2024, Leurs enfants après eux dépeint une France provinciale modeste ainsi qu’une jeunesse désorientée, sur fond de musique rock.
Anthony vivote tant bien que mal dans la campagne de l’Est, étranglée par une économie ruinée par les fermetures d’usines. Désœuvré, comme beaucoup de jeunes de son âge, cet adolescent de 14 ans trompe l’ennui avec son meilleur ami. Son père engloutit des canettes de bière, tandis que sa mère, impuissante, observe la situation se dégrader. L’amour pointe néanmoins le bout de son nez avec Stéphanie, mais le vol d’une moto par un petit caïd vient ébranler toute la famille. L’histoire, centrée sur un clan familial à travers plusieurs années, devient une évocation plus large de la jeunesse provinciale.
Les frères Boukherma plongent les spectateurs dans les années 90, une époque où les chambres d’adolescents étaient tapissées de posters, avec une console de jeux vidéo, élément indispensable du quotidien. Pourtant, ce décor nostalgique sert surtout de cadre à un récit réaliste, dépeignant des provinciaux survivant dans une vallée populaire. Leurs enfants après eux décrit un univers semblable à celui exploré par Jean-Baptiste Durand dans son film Chiens de la casse, avec un climat alourdi par des avenirs incertains.
Accompagné d’une bande originale résolument rock, composée de classiques du genre, le film offre une vision différente de la province, marquée par les écarts sociaux entre Anthony, issu d’un milieu modeste, et Stéphanie, d’un univers plus aisé. Les deux frères réalisateurs établissent un rapprochement subtil entre les classes sociales, insufflant au film une dimension de « vivre-ensemble » social. Cependant, le personnage du voyou violent et terrifiant, interprété par un excellent Sayyid El Alami, introduit un contrepoids intéressant, symbolisant les tensions sociales persistantes. Malgré tout, un point commun relie les deux jeunes hommes : une quête d’avenir, bien que leurs trajectoires diffèrent.
Mais Leurs enfants après eux ne se limite pas à une simple chronique de jeunesse. C’est également une histoire de parents, incarnés par Ludivine Sagnier et Gilles Lellouche, qui, sous une façade de pauvreté et de résignation, dévoilent une affection sincère. Ils deviennent les témoins du temps qui passe et de l’évolution de leur fils. Le film revisite les relations familiales tout en proposant une réflexion moderne et musicale sur la jeunesse des années 90.
Témoignage d’une époque révolue, où l’absence d’Internet et des réseaux sociaux favorisait des relations humaines plus profondes, la réalisation énergique des frères Boukherma éclaire avec brio la vie provinciale et les mutations d’une décennie marquante.
Leurs enfants après eux, de Ludovic et Zoran Boukherma, en salles le 4 décembre 2024.
4/5
