Rangoon, Birmanie, 1918. Edward, fonctionnaire de l’Empire britannique, s’enfuit le jour où il devait épouser sa fiancée, Molly. Déterminée à se marier, Molly part à la recherche d’Edward et suit les traces de son Grand Tour à travers l’Asie.
Présenté au Festival de Cannes 2024, où il concourait pour la Palme d’Or, Grand Tour, de Miguel Gomes, propose un voyage unique et initiatique aux confins du continent asiatique. Le film a remporté le Prix de la mise en scène.
La décision du jury cannois ne souffre d’aucune contestation, tant le travail de Miguel Gomes allie précision et style. Grand Tour raconte le parcours aventureux d’Edward, un fonctionnaire de Mandalay fuyant ses responsabilités amoureuses. Poursuivi par sa fiancée, Molly, il voyage à travers plusieurs pays asiatiques. Ce jeu du chat et de la souris sert de support à un récit qui sublime les paysages d’Asie et explore les nombreuses coutumes des contrées traversées.
En réalité, Grand Tour se présente comme un vaste documentaire de plus de deux heures, mettant en lumière les cultures du Japon, de la Thaïlande, et d’autres pays d’Asie. À chaque escale, Miguel Gomes invite le spectateur à découvrir les sociétés locales, leurs musiques traditionnelles et les habitants qui les façonnent. L’histoire d’amour entre Edward et Molly, plus platonique que passionnelle, s’efface au profit d’une description détaillée des traditions. Le film devient ainsi un hommage à la richesse culturelle asiatique, porté par une représentation profondément humaine de ses peuples.
Mais Grand Tour est également une expérience cinématographique hors du commun. Majoritairement tourné en noir et blanc, le film évoque le cinéma muet des années 1920 grâce à une texture granuleuse et des cadrages d’une grande élégance. Quelques séquences en couleur viennent ponctuer le récit, offrant un contraste marquant entre modernité et tradition. L’action principale se situe en 1918, avec des costumes et une esthétique d’époque, tandis que les passages en couleur, plus récents, sont rythmés par des voix-off qui narrent les péripéties des personnages.
Miguel Gomes confronte ainsi deux temporalités historiques jusqu’à une conclusion à la frontière du fantastique et de l’expérimental. Les références cinématographiques abondent, de Victor Sjöström à Robert Flaherty, enrichissant un film qui se situe à la croisée des genres. Grand Tour s’adresse avant tout aux cinéphiles avertis et aux amateurs de propositions audacieuses dans le registre de l’art et essai.
Grand Tour, de Miguel Gomes. En salles le 27 novembre 2024.
Note : 4/5
