Limonov, la ballade: amour, gloire, sexe

Après La Femme de Tchaïkovski, sorti en 2022, Kirill Serebrennikov propose Limonov, la ballade, présenté en compétition officielle pour la Palme d’or au Festival de Cannes 2024. Alors que ses trois précédentes œuvres témoignaient d’une maîtrise incontestable, le cinéaste russe signe ici une belle contre-performance cinématographique.

Cette nouvelle réalisation est une évocation de la vie d’Edouard Limonov, dissident et écrivain russe, dont la carrière cristallise toutes les craintes associées au bloc communiste. Inconnu pour beaucoup, c’est l’occasion de le découvrir à travers des images. Cependant, à l’écran, le point de vue biographique imposé par Kirill Serebrennikov laisse pantois, voire de marbre. Le réalisateur dresse le portrait d’un auteur totalement en roue libre, extrêmement imbuvable et d’une arrogance insupportable.

Limonov dépeint d’abord un artiste en quête de reconnaissance dans les cercles littéraires russes, vantant un talent qu’il n’a pas encore tout en méprisant les critiques. Doté d’une confiance en soi excessive, le jeune homme au caractère impulsif s’installe à New York, s’affuble d’un costume blanc et sombre dans l’outrance et l’addiction sexuelle. Dandy imbu de lui-même, Limonov apparaît comme un personnage difficile à cerner et peu attachant, à l’image de certaines stars autoproclamées de la littérature.

Bien que la vie de cet homme comporte des éléments notables, la représentation qu’en donne le réalisateur aboutit à un film informe et désespérément long. Ces deux heures sont gâchées par l’insupportable personnalité de Limonov.

Kirill Serebrennikov s’éloigne ici de ses standards en produisant une œuvre peu convaincante, même si elle aborde la Russie, le régime communiste et la dissidence. Le film mise à fond sur l’aspect révolutionnaire à travers un personnage qui critique le régime, tout en s’attaquant à d’autres figures, comme Soljenitsyne, qu’il démolit verbalement. Malgré le talent reconnu de Serebrennikov, notamment dans le superbe Leto, il se noie dans sa volonté de dénoncer le système politique russe des années 1950.

Sa mise en scène perd de son contrôle en choisissant une représentation trop trash de New York. Limonov, la balladedevient alors une biographie ratée qui aurait tout aussi bien pu s’intituler Amour, gloire et sexe, tant elle se limite aux pérégrinations artistico-existentielles d’un homme obsédé par la notoriété.

Ben Whishaw fait de son mieux, mais son accent à couper au couteau indispose quelque peu. Le choix d’un acteur anglophone donne même l’impression que l’œuvre tient davantage de la parodie que d’une véritable critique du régime communiste.

Limonov, la ballade, de Kirill Serebrennikov, en salles le 4 décembre 2024.

Note: 0,5/5

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