The Square : where is the limit ?

Palme d’or à Cannes en 2017, réalisé par Ruben Östlund et interprété par Claes Bang et Elisabeth Moss.

C’est l’histoire d’un conservateur de musée qui organise une exposition autour d’un carré pour faire valoir l’importance de l’altruisme et qui se fait voler son téléphone. Hormis cette recherche, les personnages n’ont pas vraiment de quête. La structure narrative du film place le spectateur dans la position d’un visiteur, déambulant de salle en salle sans but précis, ou plutôt de scène en scène pour admirer des œuvres sans qu’aucune trame ne créer de liens entre elles. La lecture est largement ouverte à l’interprétation.

Ruben Östlund met en scène des obstacles pour tester ses personnages. Il n’y a pas de structure classique présentant des protagonistes (le Bien) et des antagonistes (le Mal). Nous observons des êtres humains qui ne savent pas toujours quoi faire et agissent comme ils le peuvent.

Christian, directeur d’un musée d’art contemporain, répond aux questions d’une journaliste, assis sur une chaise devant un mur blanc et un écriteau lumineux. Cette présentation / représentation en dit long sur le personnage qui cite Marcel Duchamp. Consciemment ou non il se présente comme un ready made, devenant un objet, détourné de son utilité. L’écriteau au mur est une œuvre lumineuse, qui dans son intégralité signifie « Tu n’as rien », (« You have nothing ») mais en ne cadrant que les deux premiers mots, Christian devient le symbole de la possession.

Cet homme qui semble à priori tout avoir se fait voler son téléphone portable en voulant aider une jeune femme qui semble en danger. Le complice de la femme et Christian sont les seuls à réagir face à une foule qui continue de vaquer à ses occupations comme si de rien n’était. La manière dont le thème de la solidarité est abordé met en lumière les barrières sociétales : agir / ne pas agir, faire confiance / ne pas faire confiance.

L’altruisme est d’ailleurs le cœur de la réflexion du cinéaste puisque, comme l’indique l’encadré qui présente l’œuvre d’art ; « Le Carré est un sanctuaire de confiance et de bienveillance. En son sein, nous avons tous les mêmes droits et les mêmes devoirs. » En proposant cette exposition Ruben Östlund cherche à contrer le phénomène d’apathie d’une foule où chacun se déresponsabilise en pensant que le voisin viendra en aide. Mais il dénonce aussi la cruauté de cette vision : si être dans le carré nous protège et force la confiance en son prochain, le fait d’en sortir nous mettrait-il en danger ?

L’altruisme et la confiance induisent des limites et ces limites sont systématiquement dépassées, tirant les scènes vers le comique ou le dramatique. L’une des scènes les plus remarquables donne libre champ à un homme singe qui performe lors d’une soirée mondaine. Sa prestation fait rire jusqu’à ce qu’il devienne agressif et que chaque participant fasse le choix de rester statique pour ne pas se faire remarquer alors qu’en agissant en groupe la foule pourrait aisément stopper cette bête.

La question de la remise en question est aussi importante. À travers le personnage de Christian, Östlund défend l’humanisme. Le conservateur réalise après coup qu’il a mal agi avec l’enfant qu’il a accusé d’avoir volé son téléphone et décide d’aller s’excuser. Mais il se trouve en incapacité de le faire car l’enfant a disparu de son carré (cage d’escalier de Christian, ville de Christian…) Serait-ce à dire qu’en sortant de la zone altruiste, l’Homme n’existerait plus ?

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