From ground zero

From ground zero : Je veux vivre en pays

Recueil de 22 courts métrages Palestiniens tournés à Gaza, en compétition aux Oscars 2025. À l’image du cinéma Palestinien, From ground zero raconte la guerre tout en pudeur et en suggestion, mêlant cinéma de prise de vues réelles, animations et expérimentations. Les Gazaouis y sont représentés dans leur ensemble ; hommes, femmes et enfants, mais aussi dans leur unicité afin que des voix soient données à ces réfugiés dont on ne parle plus qu’en données chiffrées.

From ground zero est un film qui oscille de manière poreuse entre fiction et réalité. Le premier court métrage, Selfies, met en scène une jeune femme qui écrit une lettre et se filme elle-même dans son quotidien, tout en nous montrant d’anciens selfies, dévoilant ce qu’elle est devenue. Est-ce une fiction ou un documentaire ? Cette frontière est ténue comme en témoigne les regards caméra et les mises en scènes des coulisses des tournages des films d’animation (Soft skin et Awakening). Cette immersion dans la fiction dont un regard ou un plan sur les camps nous ramène brutalement au réel ne rend que plus palpable l’horreur de la guerre.

Elle décime quotidiennement par centaines, les survivants en témoignent avec émotion mais sans effusion. Cette pudeur ressort dans la représentation du massacre.  Point de corps décharnés par la famine mais des hommes qui courent pour leur survie derrière les parachutes de nourriture et ramassent à même le sable les sacs de farine déchirés (Sorry Cinema). Point de corps déchiquetés mais des enfants montrant leur nom inscrit sur leurs membres par leur mère pour pouvoir les identifier. Certains acceptent d’autres veulent les effacer craignant que les bombes ne les atteignent d’être ainsi marqués (Soft skin). Drones et bombardements martèlent la bande son, mais rarement nous n’en voyons les images, hormis cette poussière des rues et des bâtiments effondrés. Le magnifique court métrage Echo illustre très bien ce propos. Un homme regarde la mer. Cette apparente paisibilité fait ressortir l’angoisse de la scène que l’on entend, où une femme, bloquée dans la rue par les bombardements, appelle son mari pour l’aider à se réfugier. Lorsqu’elles sont mises en scène, les attaques prennent vie sous les coups de ciseaux des enfants. Un oiseau noir en papiers découpés attrape dans son bec de grands immeubles avant de les jeter au sol. Leur ville n’est plus qu’un château de cartes mis à terre dans un souffle de vent (Soft skin).

Les villes détruites et la nature sont dépeintes avec beaucoup de délicatesse et de poésie. Sous la poussière des décombres de son atelier, une jeune femme présente ses vagues de Gaza et les pierres de la ville dont l’histoire a été balayée (Out of frame). Un homme, de son fusain, couche sur le papier les tourbillons, explosions et débris (Fragments). L’exil semble être l’unique solution de survie. Mais l’est-il réellement ? Le film s’ouvre et se clôture à Khan Younès dont les camps ont été ciblés par les bombardements. De cette zone géographique nous découvrons d’abord la mer, promesse de ce que la nature a à offrir, avant que le dernier plan du film ne nous ramène à la réalité de l’aridité, la précarité et la promiscuité des camps. Le dernier court métrage Awakening met d’ailleurs l’accent sur cet isolement. Tout est détruit. Le monde les regarde mais s’est évaporé. Ils sont seuls, abandonnés. Ne semble subsister que l’espoir infime d’une bouteille à la mer, un témoignage rempli d’amour et de désespoir envoyé par une jeune femme dès l’ouverture du film (Selfies).

Survivre en attendant la paix. De nombreux courts métrages mettent en scène l’organisation de l’exil : la recherche du bois pour faire du feu (Sorry cinema, No Signal) et les files d’attente pour obtenir quelques gouttes d’eau ou un peu de farine (Selfies, Everything is fine, The teacher). Rien n’est gaspillé comme nous le montre Recycling. Un bidon d’eau sert à boire, faire la vaisselle, se laver, faire la lessive, arroser les plantes puis tirer la chasse d’eau. L’attente aussi pour l’électricité. Charger son téléphone devient physiquement et mentalement vital, comme en témoigne No signal, où une petite fille téléphone à son père coincé sous les décombres mais ignore où le chercher car la batterie est épuisée. C’est aussi le seul lien qui subsiste dans l’attente de nouvelles de proches ou d’un cessez-le-feu. L’attente est pesante et se transforme en cauchemars quand vient la nuit. Peur de se réveiller sous les décombres, peur des deuils qu’apportent le réveil (Selfies, Flashback, Jad et Nathalie, 24 hours, Offerings, Taxi Wanissa, Farah and Myriam) … La promiscuité des tentes n’arrange en rien les choses. Le froid persiste. À tel point que certains réfugiés volent des sacs mortuaires « pour en profiter de leur vivant » (Hell’s Heaven). Et quand revient le jour ? La ronde de la survie continue de tourner. Les hommes cherchent à subvenir aux besoins alimentaires, les femmes s’occupent des enfants et les enfants étudient comme ils le peuvent. Jusque sur la tombe de leur professeur pour certains (A school day).

Faut-il se souvenir (Offerings) ou bien tout oublier (Awakening) ? Les traumatismes sont indélébiles mais la mémoire ne l’est pas, comme en témoigne toutes les victimes de guerres et plus particulièrement le père dans Awakening. Un bombardement l’a rendu amnésique en 2014 et un nouveau choc en 2023 lui fait reprendre conscience. Devant l’horreur de la situation il propose à sa femme et son fils de tout oublier à leur tour. Oublier la perte de son foyer, de ses proches, de son travail et de son identité. Les personnages principaux de Selfies, Sorry cinema, Flashback, Overburden, 24 hours, Taxi Wanissa, et Out of frame expriment sans larmes les sacrifices faits pour survivre dans une existence qui n’a plus de sens.

Cependant la gratitude subsiste. La résilience devient le maître mot de tout un peuple. Même si « cela semble étrange qu’il y ait toujours l’espoir » (Out of frame), la foi et les arts maintiennent en vie les Gazaouis. Dans un pays où ne subsiste aucune salle de cinéma des films sont réalisés (Sorry Cinema) ; bien que les salles de spectacle soient détruites, les acteurs continuent de jouer (Everything is fine), les danseurs traditionnels de performer la dabkeh (Charm), les chanteurs de chanter (No), et les voix des artistes Palestiniennes Emel Mathlouthi et Dana Salah de résonner dans les cœurs de leurs compatriotes. Une manière de dire que toutes les guerres du monde ne pourraient éteindre ce peuple car, comme ce film en témoigne, l’art traverse mers et rivières pour s’élever haut au-dessus du nuage de poussière qui ne saurait l’étouffer.

Liste des courts métrages

Première partie

Selfies de Reema Mahmoud 

No signal de Mohammad Al Sharif 

Sorry cinema de Ahmed Hassouna 

Flashback de Islam Al Zeriei 

Echo de Moustafa Koulab 

Everything is fine de Nidal Damo 

Soft skin de Khamis Masharawi 

Charm de Bashar Al Balbisi 

The teacher de Tamer Nijim 

A school day de Ahmed Al Danaf 

Overburden de Ala’a Islam Ayoub 

Deuxième partie

Hell’s heaven de Karim Satoum 

24 hours de Alaa Damo 

Jad et Nathalie de Aws Al-Banna 

Recycling de Rabab Khamis 

Taxi Wanissa de Etimad Washah 

Offerings de Mustafa Al Nabih 

No de Hana Eleiwa 

Farah and Myriam de Wissam Moussa 

Fragments de Basel El Maqousi 

Out of frame de Neda’a Abu Hassnah 

Awakening de Mahdi Kreirah 

From ground zero, en salles le 12 février 2025.

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