Nicolas Burlaud, le réalisateur de Les Fils qui se touchent, a cinquante ans lorsqu’une crise d’épilepsie foudroyante le pousse à consulter un spécialiste. Ce dernier lui montre, grâce à une observation méticuleuse de son propre crâne, qu’une petite pépite de métal a empêché le bon développement de son hippocampe, l’organe responsable de la mémoire et des émotions.
C’est l’occasion pour le cinéaste de questionner le rôle de la mémoire et des souvenirs, notamment via des rushes et des images d’archives de Primitivi, une « télévision locale de rue », un collectif militant qui servait à mettre en lumière tantôt les combats des populations marginalisées, tantôt des manifestations, des fêtes de quartier…
Entre les rendez-vous médicaux de Nicolas Burlaud et les bribes de documentaires, la nature du souvenir et le pouvoir collectif de la mémoire sont questionnés. Un souvenir est-il forcément subjectif ? Qu’est-ce qui fomente l’histoire collective si seule la subjectivité émane des souvenirs ?
Un tourbillon militant et mémoriel
Dans Les Fils qui se touchent, l’œil de la caméra, du journaliste, du producteur et du patient pousse aussi le spectateur à s’interroger sur sa propre posture et sur les choix des images montrées par Nicolas Burlaud. La question de l’héritage des combats sociaux se pose aussi. Qu’en reste-t-il, si ce n’est des traces de peinture ou de vis dans le mur ?
Nicolas Burlaud nous entraîne dans un tourbillon militant à travers les rues de Marseille, la colère et les combats de ses habitants, et nous invite à une introspection presque philosophique sur ses propres actions et ce qu’il en restera, que ce soit via les souvenirs ou les vidéos. Un documentaire engagé, qui montre aussi les visages d’une société invisibilisée.
3/5
