La 6ᵉ édition du Festival Format Court se tient du mercredi 2 au dimanche 6 avril au Studio des Ursulines, dans le 5ᵉ arrondissement de Paris. La 7ᵉ Bobine vous propose ses avis sur les courts-métrages en compétition. Ce mercredi, quatre réalisations étaient présentées.
Adieu tortue, de Selin Öksüzoğlu
La mère d’Inci est morte. Ce jour-là, sur les plateaux déserts de la mer Noire, la jeune Inci rencontre Zeynep, 30 ans. De retour dans la région après une longue absence, Zeynep transporte un encombrant sac noir. Étrangères l’une à l’autre, Inci et Zeynep joignent leur solitude, errant dans les montagnes brumeuses et ensoleillées, de l’aube jusqu’à la nuit.
Sélectionné au Festival de Berlin 2024, ce court-métrage ouvrait la compétition de belle manière. Le récit dépeint la rencontre de deux âmes en peine, unies par une solitude partagée. Errant dans les paysages arides, elles semblent en quête d’une autre vie. Deux trajectoires croisées, à la manière d’un scénario de Guillermo Arriaga, qui dessinent un même constat : la fragilité des existences.
Better Than Earth, de Sherif El Bendary
Le jour de la Saint-Valentin, Radwa, une étudiante de 20 ans vivant dans une résidence universitaire pour filles au Caire, reçoit une lettre d’amour de sa colocataire Sarah. Elle décide d’aller se plaindre auprès de la surveillante Magda.
Encore plus tragique, Better Than Earth est un huis clos oppressant, situé dans les logements universitaires d’une Égypte conservatrice. Sur fond d’homophobie latente, le film mêle thriller et drame dans un décor unique et étouffant. En 23 minutes parfaitement rythmées, il conduit à un dénouement inhumain.
Miracle à Maiori, d’Anouk Baldassarri-Phéline
Une enquête sur les traces de Roberto Rossellini à Maiori, le petit village où se déroule le miracle final de Voyage en Italie(1953). Sous le regard des figurants et témoins du tournage, la scène du film se transforme en récit choral et ressuscite un monde défunt.
Le plus intéressant des quatre films de la journée. D’abord parce qu’il revient sur un passage de Voyage en Italie, de Roberto Rossellini, tourné dans la ville italienne de Maiori. La réalisatrice donne la parole aux figurants et témoins de l’époque, qui évoquent avec émotion leur rencontre avec Ingrid Bergman et George Sanders. Tous racontent la joie immense d’avoir pris part au tournage. Miracle à Maiori se distingue par son originalité : il explore une facette encore méconnue de l’histoire du cinéma. Mais surtout, il dresse un portrait sociologique de l’Italie modeste, de cette ville de pêcheurs, créant un lien naturel avec l’héritage du néoréalisme.
Qu’importe la distance, de Léo Fontaine
Cinq heures du matin, Yalla est pressée. Sans l’autorisation de sa cheffe, elle quitte son poste d’aide-soignante de nuit. Elle monte dans un bus, n’emportant avec elle qu’un sac lourd, rempli de vêtements. La ville est encore endormie. Yalla relit, sur un bout de papier, les différentes lignes de bus à prendre. C’est la première fois qu’elle fait ce trajet : son fils l’attend.
Sans doute le moins abouti des quatre films. Désormais passé au long-métrage avec Jeunesse, mon amour, Léo Fontaine filme ici, sans réelle profondeur, le trajet francilien d’une mère se rendant au parloir pour voir son fils en prison. Ni message, ni fond : seulement une errance fatiguée dans la réalité des transports en commun.
