Mikado : un film qui cherche sa route

Trois ans après Youssef Salem a du succès, Baya Kasmi revient avec Mikado, un drame social en demi-teinte porté par Félix Moati, Vimala Pons et Ramzy Bedia. Le point de départ est prometteur : une famille marginalisée, vivant dans un van, voit son quotidien bouleversé lorsqu’elle trouve refuge chez un professeur solitaire, le temps d’un été. De cette cohabitation naît une confrontation entre deux mondes que tout oppose, si ce n’est une même difficulté à se situer dans le schéma familial.

Au cœur du récit, Mikado, père instable et impulsif, traîne une histoire douloureuse d’adoption. Il s’apprête à affronter ses parents adoptifs au tribunal, les accusant de maltraitance. Cette trajectoire personnelle, tissée de colère rentrée et de blessures mal refermées, aurait pu porter le film vers des sommets d’intensité émotionnelle. Mais Baya Kasmi retarde trop longtemps l’exploration de cette matière incandescente, préférant d’abord peindre un quotidien fait de débrouille, d’errance et de liens fragiles.

Le film oscille ainsi entre chronique douce et drame latent, sans jamais vraiment choisir son cap. La rencontre avec le professeur, joué par Ramzy Bedia dans un contre-emploi sobre, ouvre une respiration bienvenue, mais le scénario peine à donner de l’épaisseur aux enjeux. La mise en scène reste pudique, voire trop discrète, là où un peu plus d’audace formelle aurait pu compenser les limites narratives.

Côté interprétation, Félix Moati livre une prestation nerveuse, presque animale, mais son personnage – omniprésent, autoritaire, parfois brutal – finit par lasser. Vimala Pons compose une figure féminine effacée, dont les élans sont trop étouffés pour convaincre. La jeune Patience Munchenbach, quant à elle, apporte un souffle plus poétique, même si son rôle de fille rêveuse et atypique frôle parfois la caricature.

Captain Fantastic en filigrane, certes, mais sans la force ni la cohérence. Mikado aborde des sujets importants – la marginalisation, l’enfance brisée, l’échec du système d’adoption – mais ne parvient pas à les articuler avec la précision nécessaire. Un film généreux dans ses intentions, mais qui semble, comme ses personnages, en quête de direction.

Mikado, de Baya Kasmi, en salles le 9 avril 2025.

Note :

2/5

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