Auréolé du succès des Trois Mousquetaires, Martin Bourboulon récidive avec une autre grosse production française, 13 jours 13 nuits, consacrée cette fois à l’opération Arpagan, qui visait à évacuer les ressortissants français et les réfugiés afghans lors de la chute de Kaboul.
L’intrigue de 13 jours 13 nuits se situe au moment du retour au pouvoir des Talibans, consécutif au retrait des troupes américaines. La capitale afghane est passée sous contrôle de l’organisation islamiste. Dans ce contexte chaotique, des milliers de personnes se massent devant l’ambassade de France, espérant gagner l’aéroport et fuir le régime. Le producteur Dimitri Rassam, architecte d’une série de superproductions françaises pour Pathé, confie une nouvelle fois la réalisation à Bourboulon pour raconter ce désastre humanitaire survenu en 2021. Propulsé dans le haut du panier des réalisateurs français, ce dernier se voit ainsi à la tête d’un projet ambitieux, censé marquer le paysage cinématographique national. Las, la mise en images de l’opération Arpagan accouche d’un résultat décevant, bien en deçà des moyens déployés.
Le choix de Bourboulon derrière la caméra interroge, tant il reproduit les erreurs stylistiques déjà observées dans Les Trois Mousquetaires : une mise en scène aussi lisse que scolaire, où les rares scènes d’action peinent à instaurer un vrai rythme ou une tension palpable. Pourtant, le contexte est bien posé, et les protagonistes sont pris dans un étau dramatique crédible, retranchés dans les murs de l’ambassade. Le film s’ouvre d’ailleurs sur une Kaboul en proie à l’invasion rebelle. Un chef zélé, Mohamed Blida, incarné par Roschdy Zem, prend l’initiative d’organiser les convois d’évacuation sans attendre le feu vert de l’Élysée. Si l’enjeu dramatique est bien réel, la mise en scène, elle, reste trop souvent plate, voire apathique, incapable de restituer la situation d’urgence. Bourboulon ne parvient jamais à embrasser la démesure d’un tel événement, trop absorbé par la construction artificielle d’un faux suspense et la sur-explication des coulisses d’une mission risquée.
La forme adoptée s’enlise dans un académisme pesant, rythmé par un attentisme mou, seulement ponctué de quelques sursauts de tension où 13 jours 13 nuits parvient à sortir – brièvement – de sa torpeur. Mais malgré ces rares éclats, la reconstitution de l’attentat ayant frappé Kaboul débouche sur un film longuet, frustrant et globalement insuffisant au regard des moyens mis en œuvre.
Surcoté, Martin Bourboulon bénéficie pourtant de la pleine confiance de Dimitri Rassam. Si 13 jours 13 nuits se révèle à peine supérieur aux aventures de D’Artagnan, ses lacunes récurrentes apparaissent une fois de plus dans la composition des plans, la pauvreté du découpage, la rareté des scènes d’action et un scénario famélique, qui laisse peu de place à l’intériorité des personnages. C’est sans doute là le talon d’Achille du film : une écriture qui élude toute caractérisation. La journaliste interprétée par Sidse Babett Knudsen, par exemple, ne pèse à aucun moment sur le récit, tandis que Lyna Khoudri – seule figure un tant soit peu émotive – demeure un personnage secondaire, presque anecdotique.
Face à elle, Roschdy Zem campe Mohamed Blida, figure centrale du récit. Le film s’inspire directement de l’ouvrage 13 jours 13 nuits dans l’enfer de Kaboul, écrit par le militaire lui-même, bien plus percutant et réaliste que son adaptation cinématographique. Ce que Bourboulon transforme en fresque guerrière fade et sans saveur, le livre en proposait une lecture humaine et politique autrement plus incarnée.
Dans cet océan blafard, 13 jours 13 nuits propose aussi une représentation étonnante – et malaisée – des Talibans : systématiquement bien coiffés, maquillés, vêtus de tenues impeccables et chaussés de bottes brillantes. Une esthétique étrange qui, loin d’être anodine, tend à flatter visuellement les bourreaux, sapant ainsi la crédibilité du récit. Cette stylisation dérangeante ajoute une couche d’artificialité à un film déjà maladroit dans sa construction, et qui n’évoque qu’à peine, et toujours en filigrane, les conséquences directes de l’attentat ayant coûté la vie à une dizaine de soldats américains
13 jours 13 nuits, de Martin Bourboulon, en salles le 27 juin.
Note :
1,5/5
