Après Voyage en Italie, Sophie Letourneur retourne en terres italiennes avec L’Aventura, un récit de vacances d’été au cœur d’une famille pas comme les autres.
Toujours accompagnée de Philippe Katerine, la cinéaste explore cette fois les paysages de la Sardaigne. Claudine, 11 ans, sa mère, le petit frère Raoul et Jean-Phi sont les protagonistes d’une grande virée estivale, racontée de bout en bout comme une aventure familiale faite d’improvisations, d’organisations hasardeuses et de trajets décidés au jour le jour. Le genre de vacances placé sous le signe de la découverte, dans un esprit presque bohème, sur les routes de la célèbre île. L’Aventura porte bien son nom : la cinéaste s’amuse à mettre en scène les péripéties, presque rocambolesques, d’une petite famille haute en couleur qui refuse de planifier son parcours. Du départ en voiture surchargée aux multiples locations de vacances et points de chute balnéaires ou touristiques, le film prend des allures de chronique estivale. On y voit la petite clique manger des glaces, se baigner, se chamailler – autant de scènes qui traduisent à merveille l’état d’esprit des vacances.
Sophie Letourneur compose une histoire atypique, égratignant avec humour l’image idéalisée de la famille contemporaine. Les parents flirtent avec la désinvolture, dépassés par une adolescente en crise permanente et un petit garçon braillard qui s’agite dans tous les sens. L’Aventura provoque le sourire, car il ravive des souvenirs vécus : celui d’un cocon familial bancal mais attachant, et d’un séjour à quatre à la fois éreintant et régénérant.
Sur le plan formel, L’Aventura se situe à la frontière du documentaire. Un peu décousu, le film ne suit pas une narration linéaire. Il alterne flashbacks et retours au présent, où les personnages décrivent eux-mêmes, dans les moindres détails, les moments heureux (ou moins) de leurs escapades. Il en résulte un montage complexe, mais cohérent, qui épouse le caractère imprévisible du voyage. L’absence de planification, le stress de l’inattendu et la gestion difficile d’un enfant de quatre ans hyperactif et d’une adolescente bavarde structurent une tension légère mais constante.
Le film peut agacer par son côté criard et répétitif, mais il bénéficie d’une vraie rigueur technique. Letourneur soigne le mixage sonore, propose une mise en scène millimétrée, use de nombreux plans serrés, et l’emploi de deux caméras accentue le rythme et colle à la frénésie d’une famille en mouvement.
L’Aventura ne repose pas sur un scénario classique. Sophie Letourneur a conçu son film comme un patchwork de scènes sans dialogues écrits à l’avance. Les interprètes improvisent, laissant place à une spontanéité de jeu qui donne l’impression d’une fiction documentaire. Inspirée par les films Super 8 tournés par son propre père, la réalisatrice parvient à recréer l’esthétique d’une bobine estivale amateur, tout en y insufflant les réminiscences de son enfance.
Contrairement à Voyage en Italie, Sophie et Jean-Phi sont ici représentés avec une fragilité plus visible. Une humanité qui traverse tout le film, et confère à ce chaos organisé une forme de tendresse. L’Aventura est une œuvre joyeusement imparfaite, libre, bruyante, mais profondément vivante.
L’Aventura, de Sophie Letourneur, en salles le 2 juillet.
Note :
3,5/5
