Il fallait oser. Situer une fiction dans l’après 7 octobre 2023, alors que les plaies restent béantes, relève de la brûlure volontaire. Nadav Lapid, cinéaste de la colère et du paradoxe, revient avec Yes, récit d’une nation qui saigne et d’un couple d’artistes qui tente de la consoler — ou de survivre en la servant.
Y., musicien de jazz sans le sou, et Jasmine, danseuse écorchée, vendent leur art au plus offrant, dans un pays en crise où le plaisir devient une denrée patriotique. Jusqu’à ce qu’on lui confie une mission absurde et solennelle : composer un nouvel hymne national. Là où d’autres s’indigneraient, Lapid observe, ironise, saisit la démesure.
Produit par Les Films du Bal et Chi-Fou-Mi Productions, Yes s’annonce comme une œuvre inconfortable, politique et hantée, à l’image de son auteur. Sélectionné à la 57e Quinzaine des cinéastes, le film s’annonce comme un geste de cinéma risqué, traversé par le désespoir, l’humour noir et une rage intacte.
Lapid n’en est pas à son premier geste radical. Révélé avec Le Policier (2011), il s’est imposé comme l’un des grands cinéastes israéliens contemporains. L’Institutrice (2014) avait séduit la Semaine de la critique à Cannes, tandis que Synonymes remportait l’Ours d’or à la Berlinale en 2019, salué pour sa rage identitaire et sa mise en scène vibrante. En 2021, Le Genou d’Ahed recevait le Prix du Jury à Cannes, consolidant une œuvre qui dérange, interroge, déstabilise. À travers ses films, Lapid s’est imposé comme une voix inclassable du cinéma mondial, refusant le confort du récit linéaire, préférant les zones troubles, les secousses morales, les coups de gueule stylisés.
