Présenté en compétition officielle lors de la 75e Berlinale, Hot Milk, de Rebecca Lenkiewicz, réunit Emma Mackey et Vicky Krieps dans un drame à la fois solaire et étouffant, sur la force des liens familiaux et le désir d’émancipation.
Par un été étouffant, Rose et sa fille Sofia se rendent à Almeria une station balnéaire du sud de l’Espagne. Elles viennent consulter l’énigmatique docteur Gómez, qui pourrait soigner la maladie de Rose, clouée à un fauteuil roulant. Sofia, jusque-là entravée par une mère possessive, s’abandonne au charme magnétique d’Ingrid, baroudeuse qui vit selon ses propres règles. Tandis que Sofia s’émancipe, Rose ne supporte pas de voir sa fille lui échapper – et les vieilles rancoeurs qui pèsent sur leur relation vont éclater au grand jour…
À Almería, sous une chaleur écrasante, Sofia accompagne sa mère malade dans un institut médical niché au bord de la mer. Derrière ce décor idyllique – sable chaud, mer azur, silence brûlant – s’étire un huis clos psychologique. Rose, la mère, clouée sur un fauteuil roulant, exerce une emprise diffuse sur sa fille. Peu diserte sur le père absent, qu’elle rend responsable de tous les maux, elle incarne une forme de noyau familial toxique, rongé par les non-dits et les rancœurs enfouies.
Rebecca Lenkiewicz filme la lente érosion de ce duo avec une attention toute particulière aux silences, aux regards, aux tensions contenues. Les décors – la maison blanche, l’institut médical, les étendues brûlées par le soleil – créent une ambiance oppressante, où la lumière écrase autant qu’elle révèle. À l’intérieur, tout respire le malaise, la claustration ; à l’extérieur, les éléments naturels semblent offrir à Sofia une échappatoire, un souffle, une promesse de vie.
C’est dans ce contexte que surgit Ingrid (Vicky Krieps), et avec elle, une histoire d’amour. À mesure que leur lien se tisse, Hot Milk glisse subtilement vers un récit plus charnel, traversé par une sensualité douce et pudique. La caméra s’attarde sur les corps, les gestes, la peau, dans une série de plans nocturnes où l’érotisme se mêle au romantisme. La mise en scène, délicate, n’appuie jamais, préférant suggérer plutôt qu’expliquer. La musique, aux accents feutrés, épouse cette atmosphère intime, presque hypnotique.
Hot Milk interroge ainsi la transmission familiale, l’enfermement psychologique, mais aussi l’émancipation par le désir. En cela, le film devient une parabole : celle de la jeunesse qui cherche à se libérer de l’héritage pesant des générations précédentes. À travers la relation entre Sofia et Ingrid, Lenkiewicz évoque avec justesse l’idée d’un refuge amoureux comme forme de résistance.
Certes, le film souffre parfois de quelques longueurs et d’un excès de symbolisme qui tend à alourdir son propos. Mais il reste porté par une grâce diffuse, nourrie par l’élégance visuelle et les performances très justes de ses deux interprètes. Emma Mackey, dans un rôle plus nuancé qu’à l’accoutumée, déploie une belle palette d’émotions, entre douceur, révolte et fragilité. Face à elle, Vicky Krieps confirme une fois encore son talent pour incarner des personnages tout en finesse, à la lisière de la douleur et du désir.
Hot Milk, de Rebecca Lenkiewicz, en salles le 28 mai 2025.
Note :
3,5/5
