Premier long-métrage d’Antoine Besse, Ollie s’impose comme une belle surprise du cinéma français, mêlant chronique sociale et évocation sensible de l’univers du skate, fait de passion, de dépassement, mais aussi de dangers.
Antoine Besse n’est pas étranger à cet univers : il avait déjà signé Le Skate moderne, un court-métrage remarqué. Pour Ollie, le cinéaste s’inspire d’un fait réel et tragique — la mort en 2020 du skateur Béranger, à l’issue d’une vie cabossée — pour construire un film empreint de justesse, véritable hommage à la pratique et à ses adeptes. On y suit Pierre, interprété avec intensité par Kristen Billon, adolescent discret qui vit avec son père, agriculteur durement touché par la crise du monde rural. Dans leur ferme, celui-ci emploie Bertrand (Théo Christine), un jeune homme désœuvré, fêtard, accro à la bière et aux paradis artificiels. Avec sa dégaine négligée — vêtements amples, sweat-shirts trop grands — et son langage hésitant, il va pourtant se rapprocher de Pierre et lui transmettre sa passion du skate.
Formellement maîtrisé et doté d’une réelle puissance émotionnelle, Ollie repose sur une double structure narrative. D’un côté, le film explore la fougue de la jeunesse, son besoin de liberté, à travers l’initiation de Pierre au monde des rampes et des skateparks. De l’autre, il dresse un constat plus sombre, celui des dérives possibles de cette passion, quand elle s’inscrit dans un contexte d’exclusion, de marginalité. En tressant ces deux récits, Antoine Besse compose une représentation poignante de la vie rurale, et de cette jeunesse en quête de sens, qui trouve dans la glisse une échappatoire. Si le skate reste souvent associé à la culture urbaine, Ollie en démontre l’universalité, capable de toucher toutes les strates sociales et tous les territoires. Le film s’inscrit dans la lignée d’œuvres récentes consacrées à la province et à ses fractures — Chien de la casse, Nos enfants après eux, Vingt Dieux.
À travers le personnage de Bertrand, le réalisateur insuffle une tension dramatique palpable, ancrée dans une réalité sociale souvent mise de côté : celle des laissés-pour-compte, des campagnes frappées par l’isolement, les crises économiques, la détresse humaine. Ollie ne se contente pas de filmer le skate ; il en fait le miroir des espoirs brisés et des possibles renaissances dans une petite ville où tout semble figé.
La réussite du film repose en grande partie sur le binôme inattendu qu’il met en scène. Bertrand devient un mentor bancal pour Pierre, leur relation oscillant entre solidarité et précarité affective. Sous l’apparence de cette amitié se dessine un monde instable, où les dangers du milieu, la violence larvée et les espoirs de fuite coexistent. Antoine Besse parvient à retranscrire un pan peu exploré de la culture populaire provinciale, à la manière d’un Paranoid Park ou de 90’s, où Jonah Hill dépeignait lui aussi l’émancipation d’un adolescent grâce à la glisse et à un groupe de jeunes plus âgés.
Porté par un scénario documenté et une écriture fine, Ollie séduit par sa capacité à devenir une grande chronique sociale, loin des clichés. Une œuvre dense, émouvante, qui dresse un portrait à la fois tendre et alarmant des fragilités humaines. Kristen Billon y est d’une vérité saisissante, face à un Théo Christine impressionnant de mimétisme, incarnation brute d’une jeunesse abîmée, trop souvent oubliée.
Ollie, de Antoine Besse, en salles le 21 mai 2025.
Note :
5/5
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