Robert De Niro, cinq rôles pour une légende

À 81 ans, Robert De Niro reçoit une Palme d’or d’honneur à Cannes, ultime consécration pour un acteur qui a durablement marqué l’histoire du cinéma. Du New York poisseux de Taxi Driver aux cuisines tendues de Heat, De Niro a prêté son corps, sa voix, ses silences à des personnages inoubliables. Retour sur cinq rôles qui résument à eux seuls un pan du septième art.


1. Travis Bickle – Taxi Driver (1976), de Martin Scorsese

« You talkin’ to me? » En une seule réplique, Travis Bickle entre dans la légende. Taxi Driver n’est pas seulement l’un des grands films des années 70, c’est aussi la quintessence de la collaboration Scorsese/De Niro, deux artistes au sommet de leur symbiose. Pour incarner ce vétéran du Vietnam, insomniaque et paranoïaque, De Niro sillonne les rues de New York, filmé comme une âme en perdition. Il maigrit, obtient une licence de chauffeur de taxi, s’enfonce dans la folie avec une précision glaciale. Son jeu, à la fois fiévreux et contenu, devient un modèle d’immersion. Travis, c’est l’homme qui explose de l’intérieur, et Robert De Niro en fait une icône.


2. Jake LaMotta – Raging Bull (1980), de Martin Scorsese

Ce rôle vaut à Robert De Niro son deuxième Oscar. Et probablement le plus démentiel investissement physique de sa carrière : prise de poids de 30 kilos, entraînement de boxeur professionnel, transformation totale. Dans Raging Bull, il incarne Jake LaMotta, boxeur brutal autant sur le ring que dans la vie. Ce n’est pas tant un film sur la boxe que sur la destruction de soi. De Niro y est magnifique de rage, de honte et de douleur. Ses silences, ses gestes, sa gestuelle animale font de lui un homme en perpétuelle collision avec le monde. Ce rôle reste, à ce jour, l’un des plus impressionnants jamais interprétés par un acteur américain.


3. Vito Corleone – Le Parrain, 2e partie (1974), de Francis Ford Coppola

Remplacer Marlon Brando ? Impensable. Et pourtant, De Niro y parvient avec grâce dans le second volet du Parrain. Il y incarne Vito Corleone jeune, avant qu’il ne devienne le patriarche mafieux du premier film. Il parle majoritairement en sicilien, avec une diction minutieuse, et compose un personnage à la fois digne, dangereux et charismatique. Ce rôle, qui lui vaut son premier Oscar, scelle aussi sa réputation d’acteur caméléon, capable d’incarner avec justesse toutes les nuances d’un personnage en formation. Vito Corleone, version De Niro, est l’anti-stéréotype du mafieux : calme, intelligent, et fatalement humain.


4. Jimmy Conway – Les Affranchis (1990), de Martin Scorsese

Encore Scorsese. Encore la pègre. Mais Les Affranchis se distingue par son ton plus nerveux, plus contemporain. Aux côtés de Joe Pesci et Ray Liotta, De Niro compose un mafieux à la fois paternel et glaçant. Jimmy Conway ne crie pas, ne gesticule pas : il attend, il observe, il agit. La subtilité de son jeu réside dans la manière dont il fait peser la menace sans jamais hausser le ton. Un regard suffit. En incarnant ce personnage ancré dans une logique d’honneur tordue, De Niro donne à voir la mécanique du crime comme peu d’acteurs ont su le faire. Loin du folklore, c’est une leçon de tension maîtrisée.


5. Neil McCauley – Heat (1995), de Michael Mann

Opposé à Al Pacino, De Niro trouve dans Heat un rôle de gangster moderne, méthodique, d’une froideur presque clinique. Neil McCauley, voleur professionnel, vit selon un code précis : ne jamais s’attacher à quoi que ce soit qu’on ne puisse quitter en trente secondes. De Niro, dans ce face-à-face mythique avec Pacino autour d’un café, atteint une forme d’épure dans le jeu. Peu de mots, beaucoup de regards, et une intensité contenue à l’extrême. Heat confirme que l’acteur est autant un homme d’émotion que de contrôle. Et signe un sommet du polar urbain des années 90.

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