The Things You Kill, d’Alireza Khatami, Prix du Jury et Prix de la Critique au Festival Reims Polar 2025, dénonce avec force le spectre oppressant du patriarcat. Un film sec, âpre, tendu comme un fil.
Ali, jeune professeur, vit modestement de son emploi à l’université. Il partage sa vie entre son domicile, sa femme et un petit lopin de terre qu’il cultive au fond d’une vallée aride. Lorsqu’un homme mystérieux, Reza, se présente et qu’Ali l’embauche pour travailler sur sa propriété, des souvenirs douloureux remontent à la surface : ceux d’un père autoritaire, briseur d’élans, imposant à ses proches une domination masculine implacable.
The Things You Kill met en lumière un système de soumission enraciné, une figure paternelle nocive, et l’idée même de devoir s’en affranchir — voire l’éliminer. Avec l’aide de Reza, Ali nourrit le projet de soumettre enfin ce père violent, agresseur de sa propre mère.
Pertinent dans son propos, le film s’appuie sur une forme rigoureuse. Alireza Khatami privilégie une mise en scène faite de plans fixes, souvent larges, qui captent les tensions sourdes : les visages se durcissent, les conflits affleurent. Sa réalisation, précise et soignée, enferme les personnages dans un étau de froideur, symbolisé par la maison familiale, austère, et les paysages arides des vallées turques.
Par son langage formel, Khatami convoque un cinéma proche de celui d’Adilkhan Yerzhanov : une violence sourde, psychologique, et une critique assumée du patriarcat. Le père, bien qu’effacé à l’image, reste au centre du récit — véritable fantôme de la masculinité toxique, dont l’influence continue de peser sur les hommes.
À mesure qu’Ali découvre les secrets enfouis de sa famille, son monde intérieur s’effondre. The Things You Kill démonte avec lucidité les mécanismes d’un masculinisme pernicieux, nourri de narcissisme, de honte et de peur. Le film plaide pour une refonte profonde des rapports hommes-femmes, encore trop souvent fondés sur la domination, le sexe et la reproduction des schémas genrés. À travers le personnage d’Ali, loin de toute figure dominante — en proie, notamment, à des troubles de la spermatogenèse — le récit propose une autre vision de l’homme turc moderne, complexe, fragile, en rupture avec les visions virilistes.
Le sujet principal n’est jamais éludé : l’impact du schéma parental toxique sur le cocon familial et les générations futures. Lenteur assumée, tension permanente : The Things You Kill asphyxie par son rythme, mais fascine par sa manière de dynamiter les règles établies. Son scénario glisse du polar vers un thriller implacable, traversé de vengeance et de rancœur. Thème maintes fois exploré, le patriarcat trouve ici une critique incisive, à une époque où le cinéma s’en empare avec plus d’urgence que jamais.
The Things You Kill, de Alireza Khatami, en salles le 23 juillet 2025.
Note :
4/5
