Les Filles Désir : les diamants bruts méditerraneens

Princia Car signe, avec Les Filles Désir, un premier long-métrage enraciné au cœur de la cité marseillaise, qui prend le pouls de sa population et choisit le double portrait de deux femmes.

Présenté à la Quinzaine des Cinéastes du Festival de Cannes 2025, Les Filles Désir n’a pas volé sa place dans la sélection, tant le film aborde avec justesse des thèmes sociaux récurrents, liés aux enjeux culturels et de représentation. Omar dirige un centre social situé au cœur d’un quartier populaire. Véritable lieu de partage et d’échanges, ce centre, géré entre amis, devient peu à peu le théâtre de tensions amoureuses et de jeux de désir. Lorsque Carmen, jeune femme paumée, belle et sans repères, fait son retour dans l’équipe, le regard du directeur sur sa petite amie Yasmine — mineure, ronde, discrète — se déplace, et le trouble s’installe.

Princia Car, qui s’est fait une spécialité d’un cinéma alternatif, livre une œuvre ancrée dans le réel, au plus près de l’humain, et aborde sans détour le creusement des inégalités sociales. En filmant ce qu’il y a de plus populaire, voire de plus défavorisé, la jeune cinéaste impose son propre univers, fait de figures marginales, oubliées ou invisibles, loin des normes dominantes. Une part du peuple souvent reléguée, qu’elle choisit de remettre au centre.

Carmen, interprétée par Lou Anna Hamon — remarquable dans ce rôle complexe —, incarne l’un des piliers d’un récit où la notion de désir rejoint celle de la place des femmes dans la société française. Princia Car les immerge dans un quotidien marseillais âpre, traversé de dialogues crus, parfois heurtés par des mentalités masculines étriquées. Cabossées par la vie ou en quête d’ailleurs, les deux héroïnes, les filles du titre, sont dépeintes comme des reines modernes, des femmes fortes, qui s’émancipent loin de l’image de l’objet sexuel.

Les Filles Désir évoque par moments Diamant brut d’Agathe Riedinger, dans sa manière de représenter une couche sociale différente, mais ici débarrassée des artifices et des réseaux sociaux. Le film de Princia Car est aussi une plongée dans les bas-fonds, un regard brut sur la puissance féminine face à la domination masculine. Symboles de l’attraction, de l’amour et du désir, Carmen et Yasmine deviennent, au fil du récit, les porte-étendards d’une nouvelle féminité qu’elles revendiquent fièrement.

Princia Car ne signe pas un, mais deux portraits de femmes. Elle les filme à travers des plans fixes qui magnifient la beauté des visages, tout en alternant avec des cadres dynamiques. Sa mise en scène laisse la place à l’interprétation et mise sur l’authenticité d’un casting mêlant amateurs et acteurs peu connus, dirigés avec une grande sensibilité. Si certains passages souffrent d’une prise de son inégale ou tombent dans quelques clichés tenaces, Les Filles Désir demeure un premier long-métrage audacieux, sincère, porté par une réalisatrice prometteuse qui démontre déjà une vraie maturité de regard.

Les Filles Désir, de Princia Car, en salles le 16 juillet 2025

Note :

4/5

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