Stéphane Demoustier adapte le roman L’Inconnu de la Grande Arche de Laurence Cossé et plonge dans les coulisses de la construction de cet édifice emblématique de La Défense.
Avec L’Inconnu de la Grande Arche, vous ne regarderez plus ce monument de la même manière. Demoustier retrace la genèse d’un projet monumental et le parcours de son architecte danois, Johan Otto von Spreckelsen. Choisi par François Mitterrand — incarné ici par Michel Fau — pour mener à bien ce chantier présidentiel, l’architecte se heurte à une équation complexe : budget colossal, contraintes techniques, exigences politiques. L’Inconnu de la Grande Arche suit cette aventure avec une précision presque obsessionnelle.
Visuellement, L’Inconnu de la Grande Arche impressionne. Les plans restituent la démesure du chantier : échafaudages, blocs de marbre, machines en mouvement. Tout concourt à une sensation de réalisme très concrète. Demoustier, entouré de son chef opérateur et de son équipe d’effets visuels, anime des archives d’époque et leur donne une nouvelle texture. L’ensemble frôle parfois le documentaire, au plus près de la matière.
Mais L’Inconnu de la Grande Arche ne se limite pas à la construction d’un bâtiment. Le film esquisse surtout le portrait d’un homme habité par son œuvre. Demoustier structure son récit comme une architecture : rigoureuse, précise, méthodique. Peut-être trop. À force de minutie, l’ensemble prend des allures de biographie appliquée. L’émotion, elle, reste à distance.
Les enjeux politiques affleurent constamment. Mitterrand exige que tout soit prêt pour le Bicentenaire de la Révolution française, et cette contrainte impose une pression continue. Face à cela, von Spreckelsen — incarné avec intensité par Claes Bang — apparaît comme un créateur passionné, souvent freiné par les compromis. Ses idées, parfois écartées, traduisent une frustration que Demoustier filme avec une retenue presque clinique.
Pour introduire un contrepoint, L’Inconnu de la Grande Arche glisse quelques éléments romanesques, notamment une vie conjugale fictionnalisée portée par Sidse Babett Knudsen. Cette dimension apporte une chaleur bienvenue, sans toutefois combler un certain manque de relief dramatique.
Lorsque Paul Andreu reprend le projet, von Spreckelsen s’efface peu à peu. L’Inconnu de la Grande Arche trouve alors sa tonalité la plus juste, dans cette disparition progressive. Le film donne enfin un visage à l’homme derrière le monument, mais reste prisonnier de son propre souci d’exactitude.
Demoustier réhabilite ainsi un architecte oublié. Pourtant, L’Inconnu de la Grande Arche, trop scrupuleux, peine à atteindre l’émotion que son sujet laissait espérer. Il n’en demeure pas moins une relecture précise et nécessaire d’un pan du patrimoine français.
Note:
3,5/5
