Kaouther Ben Hania reprend, avec La Voix de Hind Rajab, la structure hybride de Les Filles d’Olfa pour livrer un témoignage bouleversant sur un fait réel, symbole tragique du conflit qui ravage la Palestine.
La cinéaste tunisienne frappe encore un grand coup avec ce film mêlant fiction et documentaire, dont le minimalisme découle du sujet même. Dans un centre d’appel du Croissant-Rouge palestinien, des employés reçoivent un appel déchirant : celui d’une fillette, Hind Rajab, coincée dans une voiture criblée de balles. La frontière entre reconstitution et réalité s’efface, puisque la véritable voix de l’enfant résonne au cœur du dispositif, comme un cri d’alarme glaçant et d’une puissance inouïe.
Ben Hania construit son récit comme un thriller sous tension, au suspense viscéral, où chaque minute d’attente devient insupportable. On y suit la détresse d’une équipe d’urgence impuissante, suspendue à un fil téléphonique, cherchant désespérément à sauver une vie. Le film s’impose alors comme un requiem pour les victimes invisibles d’une guerre sans issue.
Le dispositif est d’une efficacité redoutable : les bruits de ligne saturée, les appels qui se succèdent, les voix hésitantes et paniquées, tout concourt à créer une atmosphère anxiogène. La cinéaste joue avec les sons réels et les reconstitutions, brouillant la frontière entre vérité et cinéma. Ce mélange confère au film une force d’immersion rare : on croit assister en direct à la tragédie, prisonniers de l’impuissance et de l’attente.
Dans La Voix de Hind Rajab, tout est minimaliste : la mise en scène confinée à un seul lieu, les acteurs réduits au rôle de témoins, les dialogues limités à l’essentiel. La tension naît du hors-champ, de ce qu’on n’entend que par fragments : les pleurs, les halètements, les silences. L’émotion passe par la suggestion, non par la démonstration.
Sans être un pamphlet, le film agit comme un constat lucide et bouleversant. En donnant la parole – littéralement – à une victime palestinienne, Kaouther Ben Hania dépasse la politique pour atteindre l’universel : celui de l’enfance sacrifiée, de la peur brute et de la dignité face à la mort.
La Voix de Hind Rajab est moins un film qu’un cri : celui d’une enfant que le monde n’a pas su entendre.
La Voix de Hind Rajab, en salles le 26 novembre 2025.
La bande-annonce:
