Critique-Le Maître du Kabuki : art théâtral et respect des traditions

Présenté à la Quinzaine des Cinéastes du Festival de Cannes 2025, Le Maître du Kabuki se mue en fresque historico-théâtrale où la modernité japonaise se mêle à la culture ancestrale du pays.

Le film de Sang-il Lee s’apprécie avant tout comme une initiation à l’art du Kabuki, forme théâtrale japonaise célèbre pour sa dimension épique, ses personnages féminisés et maquillés, et son jeu grandiloquent alliant flamboyance et poésie. Le cinéaste en tire une œuvre immersive, centrée sur le destin croisé de deux jeunes comédiens, doués pour cet art mais voués à suivre des trajectoires divergentes — l’un cherchant la gloire, l’autre la vérité du geste.

Structuré en plusieurs parties retraçant leurs carrières respectives, Le Maître du Kabuki raconte avant tout la passion du jeu, du théâtre et de l’imitation. Le film devient une œuvre quasi pédagogique sur les fondements d’une pratique traditionnelle : le maquillage appuyé, les perruques somptueuses, le jeu corporel codifié et les intonations rythmées. Sang-il Lee s’attache à représenter les us et coutumes de cette discipline avec un soin minutieux : couleurs éclatantes, décors fabuleux et sens aigu du détail. Sa mise en scène épouse la rigueur et la magnificence du Kabuki, restituant à l’écran toute sa dimension somptueuse.

La narration, qui s’étend sur plusieurs décennies, prend la forme d’une grande fresque sur la transmission, relatant à la fois le dévouement des interprètes et la survie d’un art mythique du Japon. Sang-il Lee parvient ainsi à perpétuer, par le cinéma, une part précieuse de la culture du pays du Soleil-Levant.

Le scénario rend hommage au Kabuki et à celles et ceux qui l’ont façonné, des artistes habités par le feu du jeu, vivant pour la scène, le regard du public et la transmission de leur savoir aux jeunes générations. Le Maître du Kabuki a ainsi une visée plus ludique et éducative que purement cinématographique, mais il demeure souvent passionnant par la richesse de sa forme et sa volonté de faire découvrir un art unique.

Toutefois, l’ensemble pâtit d’une durée excessive — près de trois heures — qui alourdit le récit. À force de vouloir tout montrer, Sang-il Lee s’enlise parfois dans des longueurs et des détails techniques superflus. Ce trop-plein d’informations dilue l’émotion et affaiblit le rythme. Pourtant, malgré ces déséquilibres, le cinéaste parvient par moments à construire un véritable morceau de cinéma, ponctué de séquences visuellement impressionnantes qui nous plongent dans les coulisses du Kabuki, comme si l’on assistait à une représentation grandeur nature.

Tout repose sur la performance des acteurs, totalement immergés dans leurs rôles, jusqu’à adopter un mimétisme fascinant dans leurs compositions d’onnagata (rôles féminins interprétés par des hommes).

Note:

3,5/5

La bande-annonce:

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