L’Amour qu’il nous reste, L’Agent secret: nos coups de coeur et coup de griffe de la semaine

Comme chaque semaine, retrouvez nos coups de coeurs, dont L’Agent secret, et notre coup de griffe.

Nos coups de coeur:

L’Agent secret, de Kléber Mendonça Filho

Présenté en compétition à Cannes 2025, L’Agent secret marque le retour de Kleber Mendonça Filho à la fiction. Situé en 1977, sous la dictature militaire brésilienne, le film suit Marcelo, un homme en fuite rattrapé par un passé opaque. À travers Recife, sa ville natale, le cinéaste filme un Brésil traumatisé, encore hanté par la répression et la surveillance. Entre thriller politique, récit d’espionnage et drame intime, le film explore l’oppression et la paranoïa collective. La projection des Dents de la mer agit comme une métaphore d’un pouvoir dévorant. Wagner Moura incarne avec retenue un personnage marqué par le silence et la culpabilité.
La mise en scène, lente et étouffante, restitue avec précision l’esthétique des années 1970.
Le carnaval de Recife symbolise une résistance joyeuse face à la violence du régime.
Dense et exigeant, le film interroge la mémoire collective et les blessures encore ouvertes du Brésil.

L’Amour qu’il nous reste, de Hlynur Palmason

Après Godland, Hlynur Pálmason revient à l’intime avec L’Amour qu’il nous reste, chronique du délitement d’une famille islandaise. Le film observe un couple en séparation et leurs enfants, derrière une apparente normalité. Pálmason filme le divorce comme un malheur silencieux, aux répercussions profondes.
Le récit, proche du documentaire, évoque une transition émotionnelle universelle. L’influence bergmanienne se ressent dans les silences et l’incommunicabilité familiale. Un amour fissuré subsiste, fragile mais jamais totalement éteint. La mise en scène privilégie un naturalisme contemplatif. Les paysages islandais deviennent le miroir des tourments intimes.,La nature, omniprésente, structure l’espace et le temps du récit.
Doux et mélancolique, le film médite sur l’usure des sentiments et le passage du temps.

L’Ame idéale, de Alice Vial

Alice Vial signe avec L’Âme idéale une comédie romantique teintée de fantastique, aux accents de Ghost revisité à la française. Le film raconte la rencontre entre Elsa, infirmière capable de voir les morts, et Oscar, musicien décédé brutalement. Leur lien naît dans un entre-deux fragile, entre monde des vivants et des disparus. La romance se déploie avec douceur, simplicité et sincérité. Magalie Lépine-Blondeau incarne une héroïne sensible et solitaire. Jonathan Cohen surprend par un jeu retenu et mélancolique. La dimension fantastique sert avant tout les émotions et les questionnements humains. Le film évoque la présence, l’écoute et les renoncements personnels. La mise en scène évite le pathos au profit d’une légèreté maîtrisée.
Un film tendre et attachant, porté par un fort capital sympathie.

Notre coup de griffe:

Rebuilding, de Max Walker Silverman

Présenté en compétition au Festival de Deauville 2025, Rebuilding suit le quotidien précaire d’un Américain vivant dans une caravane. Le film s’inscrit dans la lignée du cinéma indépendant américain. Les influences de Kelly Reichardt et Chloé Zhao y sont clairement perceptibles. Il s’attache à décrire une lente et douloureuse reconstruction personnelle. La mise en scène privilégie l’observation et la sobriété. L’Amérique filmée est celle des marges et du désarroi social. Le sujet possède une réelle force émotionnelle. Mais le récit peine à gagner en épaisseur dramatique. L’ensemble souffre d’un manque de singularité. Une œuvre honnête mais trop empruntée pour réellement marquer.

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